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14 décembre 2015 1 14 /12 /décembre /2015 18:52

14 Décembre 2015
Les énergies renouvelables sont donc la porte de sortie vers un avenir meilleur, ou vers un avenir tout simplement.
L’avenir en question n’est bien sûr pas celui de la Planète, qui en vu d’autres, ni même celui de l’espèce humaine, qui a démontré ses facultés d’adaptation exceptionnelles depuis la nuit des temps.
Il s’agit plutôt de l’avenir de notre mode de vie dit « occidental », entièrement construit sur le Charbon, le pétrole et le Gaz naturel.
Il paraît que ce mode de vie doit être préservé à tout prix, et même étendu à tous les peuples de la Terre; acceptons ce postulat, il ne nous appartient pas d’en juger, tout au moins ici…
Ce mode de vie étant conditionné par la disposition de quantités d’énergie illimitées, tout ce qui peut remettre en question son existence ou ses usages est de nature à créer un vent de panique.
Or ce sont à la fois l’existence et les usages de l’énergie qui sont menacés.
L’existence car les sources fossiles, qui constituent quatre-vingt pour cent de nos approvisionnements, ne sont pas inépuisables; et les usages car leur emploi génère des émissions de gaz à effet de serre qui sont impliquées dans le réchauffement de l’Atmosphère, lequel ne saurait être toléré sans compromettre nos habitudes et notre confort, voire même la survie de certains d’entre nous économiquement et géographiquement défavorisés.
Le mot d’ordre est donc « transition énergétique ».
Il s’agit, en gros, de revenir aux énergies naturelles sur lesquelles nos ancêtres ont vécu jusqu’à la découverte de la sainte huile et de ses acolytes le Charbon et le Gaz.
Bien sûr, aux quatre éléments primordiaux que furent le Soleil, la Terre, l’eau et le feu, nous avons entre-temps ajouté un cinquième élément qui est l’électricité, et nous avons appris à extraire du sol un sixième élément encore plus subtil, qui est la radioactivité, ce dernier bien contesté.
Tout ceci nous permet théoriquement de nous passer de pétrole tout en conservant un standard de vie auquel nous sommes habitués.
Il règne à juste titre une grande effervescence dans le monde énergétique, on peut même parler d’enthousiasme débordant, du moins dans les gazettes, qui offrent les chiffres les plus exubérants, au risque d’induire en erreur le lecteur trop confiant dans les évaluations journalistiques.
Il s’agit d’abandonner les sources fossiles d’énergie pour les remplacer par des sources dites « renouvelables et/ou à carbone recyclable ».
Et pour faire bonne mesure on ajoutera l’abandon de l’électronucléaire, l’occasion est trop bonne pour ne pas la saisir.
En fait le nouveau paradigme consiste à donner un bon coup de balai, y compris dans les coins, pour repartir de zéro afin de rebâtir un monde énergétique propre et pérenne.
Hydraulique, Solaire, Eolien, Biomasse, Géothermie, Biocarburants, Biogaz, sont désormais familiers de tous et semblent capables de remplacer aisément les vieilles sources d’énergie au pied levé, c’est du moins l’idée que voudraient nous vendre les médias souvent férus de raccourcis abrupts.
Pour mesurer l’importance du challenge il nous faut y regarder d’un peu plus près.
Notre consommation actuelle d’énergie est proprement phénoménale:
En 2012 la France a consommé près de deux mille milliards de Kilo-Watt-Heure toutes énergies confondues.
(1 930 000 000 000 KWh , ou encore 166 Mtep comme disent les marchands de pétrole, ou 1 930 TéraWattHeure pour les électriciens ).
Encore ne s’agit-il là « que » de l’énergie finale, c’est-à-dire celle qui est effectivement utilisée.
( On parle également d’énergie « primaire », mais dont l’intérêt n’est pas évident pour le consommateur ).
Ces chiffres colossaux, exprimés dans une unité familière à tous les consommateurs, ne peuvent manquer de frapper les esprits.
Ils sont rarement cités dans les gazettes, quand ils ne sont pas purement et simplement ignorés.
Cette énergie sert à faire fonctionner notre monde moderne, depuis la cafetière électrique jusqu’à l’Airbus A 380 en passant par les usines de production d’Aluminium, les cimenteries, les camions, les ordinateurs, les voitures, le chauffage des bâtiments, l’éclairage public, les trains, les engins de chantiers, les avions, les fours industriels, etc, etc.
C’est donc au minimum 2 000 Milliards de KWh que devront fournir les énergies renouvelables pour prétendre remplacer le mix actuel.
( En se limitant à l’énergie finale consommée actuellement ).
Cette quantité d’énergie représente la production de 133 000 éoliennes offshore de 5 MW, ou encore 5 700 fermes solaires semblables à la ferme de Cestas qui est la plus grande d’Europe ( Un million de panneaux ).
Heureusement, à ces deux moyens nouveaux de production viendront s’ajouter les autres sources d’énergie durables comme l’Hydraulique, la Biomasse, la Géothermie, les Biocarburants, le Biogaz.
L’effort à fournir pour relever ce challenge est souvent largement sous-estimé par les média, ce qui induit une incompréhension de l’opinion non avertie.
Lorsque les journalistes accréditent d’idée que deux ou trois fermes solaires pourront fournir une grande ville en électricité, le public ne comprend pas pourquoi la transition énergétique n’a pas déjà eu lieu, puisque c’est si simple…
Eh non, ce n’est pas si simple.
Certaines énergies renouvelables sont déjà présentes depuis fort longtemps dans le mix énergétique français:
Le bois énergie, qui contribue pour 120 TWh, et l’hydroélectricité pour 60 TWh en année moyenne. En ajoutant la Géothermie le total se monte à environ 200 TWh, soit 10% de la consommation d’énergie finale, taux qui se maintient depuis de nombreuses années pour ce groupe.
Il s’agit maintenant de passer de 10% à 100%.
Ceci sera obtenu d’une part en augmentant la production des « vieilles » énergies renouvelables que sont le bois énergie, l’hydraulique et la Géothermie, et d’autre part en développant la production des nouvelles énergies que sont le Solaire, l’Eolien, la Biomasse, et le Biogaz.
Aujourd’hui ces énergies nouvelles sont en phase de croissance.
Les chiffres ci-dessous sont extraits du
« baromètre 2014 des Energies nouvelles renouvelables électriques en France », 5è Edition.
Ce rapport intègre les données fournies par le Service de l’Observation et de la Statistique ( SOeS), ERDF, EDF SEI, RTE, et l’ADEME.
Les données sont arrêtées au 31 Octobre 2014.
Production 2013 d’électricité renouvelable:
Eolien terrestre: 16 TWh
Photovoltaïque: 5 TWh
Biomasse solide: 2,4 TWh
Biogaz: 1,5 TWh
Déchets urbains: 2,15 TWh
A cette production électrique il faut ajouter les biocarburants pour un montant de 20 TWh environ .
Pour un total de 47 TWh .
47 TWh, cela fait 2,35% de la consommation actuelle d’énergie finale, qui viennent s’ajouter aux 10% d’énergies renouvelables « anciennes ».
Il s’agit donc de passer de 250 TWh à 2 000 TWh pour atteindre une production équivalente à la consommation actuelle d’énergie finale.
Une telle explosion énergétique ne se fera pas sans douleurs.
Par exemple, le grand programme de parcs éoliens offshore de la côte Atlantique, qui comprendra 600 éoliennes et offrira une puissance installée de 3 250 MW, ne produira annuellement « que » 10 TWh, c’est-à-dire 0,5% de la consommation nationale demandée.
Nous sommes de plusieurs ordres de grandeur en-dessous de l’objectif de transition énergétique.
On imagine sans peine le gouffre à franchir pour atteindre l’autonomie énergétique avec ce type de moyen de production.
De nombreux sacrifices devront être consentis dans différents domaines:
- Le coût de l’énergie devra supporter le soutien au développement des moyens nouveaux, à la construction des installations de compensation de l’intermittence de l’éolien et du solaire, au réaménagement des réseaux, au démantèlement des anciennes installations réformées. La CSPE représente déjà une part importante de la facture; cette part est appelée à augmenter significativement.
- Un effort très important ne suffira pas à atteindre l’objectif sans un programme d’économies d’énergie auquel le consommateur devra participer à travers la rénovation thermique des logements, le renouvellement des appareils électroménagers, des voitures, des modes de transport.
- Aujourd’hui l’électricité ne représente « que » 25% de la consommation d’énergie finale. Demain les nouveaux moyens de production fourniront essentiellement de l’électricité. Une grande partie des applications qui consomment aujourd’hui de l’énergie fossile ( Charbon, pétrole, gaz naturel) devront se convertir à l’électricité et donc réinvestir.
-L’implantation des milliers de parcs éoliens et de fermes solaires qui seront nécessaires seront causes de nombreux conflits d’usage, on en voit déjà les prémisses à propos de certains projets pourtant modestes.
- Aujourd’hui l’éolien et le solaire raccordés au réseau ne produisent que 1% de notre énergie, leur caractère intermittent n’est pas encore une gène. Mais lorsque leur production deviendra significative ( 10%, 20% ), les installations de stockage d’énergie électrique deviendront incontournables.
De nombreuse STEP ( Stations de Transfert l’Energie par Pompage) devront être construites, causant également d’importants conflits d’usage.
La transition énergétique sera une donc véritable révolution. Si l’ampleur de l’effort à fournir est sous-estimé, elle sera un échec.
Aujourd’hui en France la production d’électricité nucléaire constitue un premier obstacle au développement des énergies éolienne et solaire. Un second obstacle réside dans l’absence de pression sur le marché des énergies fossiles, qui continuent d’être disponibles en quantités illimitées et à bas coût.
Le recours massif aux énergies nouvelles ne pourra se justifier que si ces deux obstacles sont levés.
A ce jour il n’existe en France aucun programme sérieux de retrait du nucléaire, la promesse de réduction à 50% de la part du nucléaire dans le mix électrique est fantaisiste car dans le même temps le programme EPR est confirmé et la puissance électronucléaire est maintenue à 63 GW.
Par ailleurs la TICPE ( Taxe Intérieure sur la Consommation de Produits Energétiques ) comporte certes une « Composante Carbone » correspondant à 7 euro/tonne CO2, devant être portée à 22 euro en 2016.
Ce qui correspondra à 5 centimes d’euro par litre de super, pas de quoi dissuader un automobiliste.
Le vrai démarrage des énergies nouvelles ne pourra donc avoir lieu qu’à deux conditions:
D’une part la mise en œuvre effective d’un retrait progressif du nucléaire, avec un calendrier contraignant et une preuve d’engagement comme l’arrêt immédiat d’une ou plusieurs centrales.
D’autre part l’instauration d’une taxe carbone suffisamment élevée pour provoquer un mouvement de transition et/ou d’investissements dans les économies d’énergie.
Le CO2 à 22 euros la tonne est une plaisanterie.
Sans ces mesures, il n’existe aucune raison sérieuse et contraignante de changer d’énergie, et le calendrier de la transition énergétique se trouvera décalé de plusieurs décennies. L’électricité sera alors encore pour longtemps fournie par des centrales nucléaires et les camions continueront à rouler au gazole.
Rendez-vous à la COP 50...

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