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5 décembre 2015 6 05 /12 /décembre /2015 16:11

5 Décembre 2015

Depuis ce Mardi l’Aquitaine peut s’enorgueillir de posséder la plus grosse ferme solaire d’Europe. Nous voulons parler bien sûr de la ferme solaire de Cestas, implantée dans la grande banlieue de Bordeaux.

Un million de panneaux photovoltaïques sur 260 hectares, affichant une puissance crête de 300 MW pour un investissement de 360 millions d’euros. Une belle carte à exhiber pour la COP 21, et une « coïncidence » des plus heureuses.

La région de Cestas bénéficie d’une moyenne de 2 050 heures d’ensoleillement annuel. La production d’énergie de cette nouvelle centrale sera d’environ 350 GWh par an, soit 0,07% de la production nationale actuelle d’électricité.

Cette contribution fort modeste rappelle s’il en était besoin la hauteur du challenge que doivent relever les énergies nouvelles.

A titre de comparaison la centrale nucléaire du Blayais ( la plus proche voisine) produit chaque année 27 000 GWh avec quatre réacteurs de 900 MW chacun, sur une surface de 227 hectares, inférieure à la superficie de la ferme solaire.

Il faudrait donc 80 ( Quatre vingt ) fermes solaires comme celle de Cestas pour égaler la production annuelle de la centrale nucléaire du Blayais. La superficie occupée serait d’environ 208 km2, soit une superficie équivalente au tiers de l’ensemble de la CUB ( Bordeaux métropole).

A cela il faudrait ajouter les installations de compensation de l’intermittence car le Soleil se couche la nuit, du moins jusqu’à nouvel ordre.

Bien sûr, comparaison n’est pas raison, mais le rapprochement des chiffres s’impose. Il permet au moins de comprendre l’intérêt porté au nucléaire par certains, même si on ne le partage pas.

La ferme solaire de Cestas est une belle vitrine qu’il faut apprécier en tant que première pierre d’un édifice qui reste entièrement à construire avant de songer à fermer une centrale nucléaire.

Dans l’euphorie journalistique, certains médias ont annoncé que la nouvelle ferme solaire pourrait alimenter à elle seule en électricité la ville de Bordeaux. Voyons ce qu’il en est:

La CUB ( Communauté Urbaine de Bordeaux, devenue Bordeaux Métropole ) est forte de 353 000 ménages pour 737 000 habitants.

La consommation totale d’énergie de ce territoire urbain est évaluée à environ 20 000 GWh, dont 27 % d’électricité, soit 5 400 GWh. ( Source ALEC, Agence Locale de l’Energie et du Climat )

Les 350 GWh de la ferme solaire de Cestas ne représentent donc que 6,5% des besoins actuels de la CUB en électricité.

De plus il s’agit d’une production de jour car la nuit une ferme solaire s’endort comme les poules et ne fournit plus rien. Sauf si elle est adossée à une installation de stockage de masse, qui n’est même pas envisagée pour le moment.

( Aujourd’hui c’est le nucléaire qui compense l’intermittence des renouvelables, mais cela ne saurait durer évidemment ).

La vérité des chiffres permet de prendre la mesure de l’effort à fournir, même s’il existe, à Bordeaux comme ailleurs, un plan à long terme de réduction des consommations d’énergie.

( Sur Bordeaux, ERDF ne prévoit pas de réduction notable de la demande dans le futur, la tendance est plutôt à l’accroissement, malgré les plans globaux de réduction de la consommation énergétique).

La ferme de Cestas a mobilisé un investissement de 360 millions d’euros pour une production annuelle de 350 GWh, soit 1 million d’euros pour 1 GWh. ( Compte non tenu des installations de stockage d’énergie pour la compensation de l’intermittence ).

Le réacteur nucléaire de Flamanville aura mobilisé un investissement de 10 Milliards d’euros pour une production annuelle de 12 000 GWh, soit 0,83 millions pour 1 GWh. Du strict point de vue des investissement pour la construction des installations, le solaire est donc plus cher que le nucléaire.

Les autres coûts sont plus difficiles à comparer, faute d’éléments précis:

La durée de vie d’une ferme solaire dépend de la qualité des matériaux de construction , dont la conception est rustique en l’absence de systèmes d’orientation, ce qui est le cas de Cestas. Les contraintes subies et les agressions varient beaucoup selon l’emplacement géographique, les conditions météo, la pollution. Les panneaux usés ou défectueux peuvent être facilement remplacés à bas coût ( panneaux chinois ), de même que les blocs de régulation et les onduleurs.

Une durée d’exploitation de 25 à 30 ans paraît un minimum. On parle de 40 ans, mais sans retour d’expérience.

Un réacteur nucléaire récent est prévu pour une durée d’exploitation de 60 ans.

Par contre les coûts de gestion, de surveillance, de maintenance, d’une ferme solaire, sont considérablement inférieurs à ceux d’un réacteur.

Aux coûts de construction et d’exploitation d’un réacteur, il faut ajouter les coûts de traitement et de stockage des déchets de vie longue et le coût du démantèlement.

Aux coûts de la ferme solaire il faut ajouter ceux des installations de compensation de l’intermittence, ainsi que les coûts induits par l’emprise foncière considérable. (Pour produire à terme 25% de la consommation nationale d’électricité actuelle à partir de panneaux photovoltaïques, il faudrait près de 90 000 hectares ).

L’impact du nucléaire sur la santé publique à long terme est impossible à chiffrer, et c’est probablement le plus important.

Une ferme solaire n’a aucun impact sur la santé publique, sauf sur la santé des ouvriers chinois qui fabriquent les panneaux…Mais qui s’en soucie ?

L’électricité produite par la ferme de Cestas sera acheté par EDF au prix subventionné de 105 euro le MWh. La durée du contrat est de vingt ans. Le revenu annuel « garanti » est donc de 37 millions d’euros sur 20 ans si la production de 350 GWh/an est respectée.

Ce revenu doit couvrir l’amortissement des investissements de départ, les frais financiers, les coûts d’exploitation, les frais de maintenance, les frais généraux, les impôts et taxes, et les marges éventuelles. Les revenus de 37 Meuro/an doivent donc couvrir à la fois l’amortissement de l’investissement de départ ( 360 M euros ) , les frais financiers, et tous les autres coûts décrits ci-dessus.

La durée d’amortissent doit être évidemment inférieure à la durée de vie de l’installation. Il faut donc lui consacrer au moins 18 M euros par an, soit la moitié du revenu. Le coût de production doit donc être inférieur au reste, soit 19 M euros pour 350 GWh. Ce qui impose un coût de production maximal chargé de 54 euro / MWh.

C’est un pari sur l’avenir, mais qui paraît réaliste compte tenu de la gratuité du Soleil et de la possibilité d’une main d’œuvre permanente réduite couplée à un fonctionnement automatique et une surveillance à distance.

Le coût induit par la nécessité de compenser l’intermittence du photovoltaïque sera supporté par le réseau national, bien qu’il soit généré par le producteur de l’énergie. Une « anomalie » qui permet de minorer les coût de production du solaire et de l’éolien, mais il faudra bien un jour donner un coût à l’intermittence...

Le prix d’achat contractuel comprend une part de subvention qui sera récupérée à travers la CSPE payée par le consommateur.

Cette ferme solaire est un bon exemple de ce que permet la technologie d’aujourd’hui dans le cadre d’un marché compétitif. La multiplication de ce type d’installations est souhaitable dans le cadre de la transition énergétique, mais il faut s’attendre à des conflits d’occupation de l’espace.

Une ferme solaire de 260 hectares dans la banlieue de Bordeaux est acceptée comme symbole de progrès et d’action écologique. Il sera plus difficile d’en faire accepter quatre-vingt dans le même département sans rencontrer d’opposition des usagers habituels du sol: forestiers, viticulteurs, maraîchers, agriculteurs.

Voir notamment les levées de boucliers de l’association VLF ( Vive La Forêt ) qui soutient le Médoc dans sa lutte contre le « déboisement ». Les opposants « conseillent » aux porteurs de projets de fermes photovoltaïques de commencer par recouvrir les toits disponibles des bâtiments, ce qui représente une superficie considérable inutilisée, et qui d’autre part contribuerait efficacement à la climatisation des dits bâtiments.

Par ailleurs il faut considérer que de grands espaces forestiers ont été ravagés par les tempêtes et laissent des zones qui demeurent à l’abandon. elles peuvent constituer des emplacements de fermes solaires sans nuire à qui que ce soit.

Voici un extrait du Rapport d’Information N° 1836 déposé à l’Assemblée Nationale sur les conséquences de la tempête du 24 Janvier 2009:

« La reconversion d’hectares entiers de forêt ou de maïs en champs de panneaux solaires ne paraît pas en effet être une solution viable pour l’économie locale, même si, en raison des tarifs de rachat pratiqués, celle-ci l’est certainement pour ceux qui font le choix d’abandonner le travail de la terre. Une réglementation doit à cet égard être définie au plus vite au niveau national. Et, au plan local, il est clair qu’aucun « remembrement collectif » ne pourra avoir lieu en l’absence d’une réflexion politique préalable sur l’avenir du massif landais et la place qu’y occuperont dans le futur la sylviculture et l’industrie du bois. A cet égard, plusieurs arguments de poids plaident en faveur du maintien d’une répartition de l’usage des terres proche de ce qu’elle est aujourd’hui: – en termes économiques tout d’abord, peu d’activités semblent susceptibles de générer autant d’emplois que la filière forêt – bois actuellement . – en termes identitaires ensuite, la forêt des Landes fait partie du patrimoine culturel de la région et constitue un centre d’attraction touristique indéniable ».

Fin de citation.

Les futures négociations pour l’implantation de centrales solaires dans les landes seront donc soutenues, les conflits d’usage ne manqueront pas, le massif landais étant tout sauf une jungle inexploitée.

La filière bois, la filière pâte à papier, la filière maïs, génèrent des emplois et des profits.

Et jusqu’à nouvel ordre, ce ne sont pas des emplois ni des profits chinois…

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