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22 octobre 2015 4 22 /10 /octobre /2015 17:57

22 Octobre 2015

L’automobile est devenue une indispensable prothèse pour l’être humain qui a le bonheur ( ou pas selon le point de vue ) d’appartenir à une société dite évoluée, c’est-à-dire hautement technologique et de consommation.

En tant que complément mécanique de base, l’objet automobile reflète la société humaine et évolue au même rythme.

Cette promiscuité engendre une convergence dans l’image voulue par l’un et délivrée par l’autre. L’engin mécanique est devenu le reflet de l’égo de l’organique, l’un et l’autre réunis en une expression globale d’un statut social convoité.

Même s’ils s’en défendent, beaucoup d’automobilistes cèdent encore à ce schéma irrationnel, tant il est vrai que nous y incitent à chaque instant les sirènes de la publicité qui, comme chacun sait, n’est regardée par personne…

Voici dans quels termes l’on parle des voitures en 2015:

Elle a un design sportif…Avec elle la vie est un jeu…Elle est unique…Sans concession… Elle est un brin élitiste…Tout va changer…Elle a plus de sex-appeal… Elle joue des biscoteaux… Ostentatoire, et alors ?.. Elle a plus de personnalité…Emancipation assumée… Un peu plus de style…Un bouille joviale…

( in « l’automobile » N° 824 Janvier 2015)

Ce n’est manifestement pas d’un engin de transport que l’on parle, mais d’une éventuelle compagne valorisante susceptible d’exhiber la personnalité virtuelle que son acquéreur voudrait exprimer.

Inutile donc de chercher une quelconque adéquation entre ce qu’est la bagnole aujourd’hui et ce qu’elle devrait être pour remplir son rôle de moyen de transport en harmonie avec l’environnement et les besoins réels de la société.

Autrefois engin familier, sans secret pour son moderne automédon pourvu qu’il accepte de s’initier à une mécanique simple, la bagnole est progressivement devenue une « automobile » qui a pris ses distances avec l’Homme au point que celui-ci est désormais parfaitement incapable de remédier lui-même au plus léger toussotement de sa machine.

Là où un tournevis et un jeu de clés pouvaient autrefois remédier à la plupart des troubles de fonctionnement de la chose mécanique, il faut aujourd'hui l'intervention d'un ingénieur informaticien pour s'y retrouver dans les arcanes du CAN , du VAN , et des nombreux calculateurs "embarqués" dans on ne sait quelle galère.

L'usager qui pense avoir acquis une voiture se retrouve propriétaire d'un ordinateur mobile conçu davantage pour servir une image de marque que pour conduire les enfants à l'école.

C’est ainsi que s’est produit un télescopage entre d’une part les impératifs de régulation du trafic et de réduction du nombre de victimes d’accidents, et d’autre part les performances réelles des voitures modernes.

Plusieurs conséquences résultent de cette malencontreuse situation:

La régulation du trafic, traduite dans une législation appropriée, impose une limitation absolue de vitesse à 130 km/h sur autoroutes. Il en résulte qu’aucune voiture, à quelque moment que ce soit et en quelque lieu du réseau ouvert à la circulation publique, ne pourra légalement dépasser cette vitesse.

Or les modèles proposés à la vente et dûment homologués sont TOUS capables de dépasser cette vitesse, et parfois très largement. Des vitesses max de plus de 200 km/h ne sont pas exceptionnelles, 180 km/h étant la « norme » pour une voiture moyenne.

Sachant que de nombreux véhicules utilisent majoritairement des voies limitées à 90 km/h, voire beaucoup moins, avec des vitesses moyennes inférieures à 50 km/h, il en résulte une inadéquation totale entre les possibilités des véhicules et les limitations réglementaires du réseau.

Nos voitures sont conçues pour un réseau routier qui n’existe tout simplement pas.

Le modèle économique qui sous-tend la conception de ces engins est totalement inadapté aux besoins réels. Il en résulte que les coûts sont exorbitants car les cahiers des charges sont sans rapport avec les réalités d’usage.

D'autre part, il est évident qu’un parc de véhicules dont les performances surpassent de 50% les limitations légales suscite de nombreuses infractions sur lesquelles se focalisent les moyens de répression au lieu de s’occuper des autres infractions beaucoup plus accidentogènes que la vitesse pure.

Par ailleurs, la conception d’un véhicule optimisé pour des performances extravagantes ( Puissance, couple max, boîte de vitesses ) ne convient plus pour des conditions réelles d’utilisation.

Il est impossible d’optimiser le rendement et les émissions de CO2 et de polluants à la fois pour des vitesse élevées sur autoroute et pour la circulation urbaine.

Cette quadrature du cercle, vainement tentée par les constructeurs, conduit à une impasse face à la sévérisation des normes.

La complexité croissante des mesures mises en œuvre pour tenter de satisfaire ces normes conduit à des usines à gaz dont la maintenance sera problématique.

Le pot catalytique et le filtre à particules ne suffisant pas, on doit aujourd'hui injecter le l'Urée pour satisfaire les normes !

Ce dernier point aurait réjoui l'empereur Vespasien qui, en son temps, imposa une taxe sur l'urine. L'Urée étant de nos jour fabriquée industriellement, il n'est plus besoin de recourir à ce procédé.

( Mais l'urine est toujours taxée, comme le rappelle le poète rappelant les méfaits du colonialisme:

" Maintenant faut qu'il donne deux sous pour pisser

Dans un p'tit chalet en bambou tressé"… ).

La guerre contre le CO2 et la pollution automobile est déclarée depuis déjà vingt ans.

Nous avons eu d'abord la croisade contre le CO2, encore loin d'être gagnée, tant il est vrai que ce gaz est indissociable du pétrole, du Gaz naturel et du Charbon, lesquels voient leur consommation croître inexorablement. Puis est venue s'ajouter l'offensive contre les oxydes d'Azote, que le pot catalytique tente d'endiguer tant bien que mal. Enfin le FAP, présenté comme l'ultime rempart contre les particules.

Malgré le recours à la vanne EGR miracle et à la post-combustion salvatrice, il a fallu recourir à l'injection d'Urée pour obtenir l'Homologation malgré une norme dont les exigences sont pourtant plus que modestes.

Le prochain barrage de ce qu'il faut bien appeler une course d'obstacles sera la limitation drastique des émissions de nanoparticules.

Ces particules sont les plus nombreuses et les plus nocives car leurs très faibles dimensions leur permettent de s'insinuer profondément à l'intérieur des organismes et d'y exercer leurs ravages. Leur nocivité est connue depuis bien longtemps mais aucune réglementation n'impose leur élimination.

Pourquoi ? Tout simplement parce qu'on ne sait pas les éliminer…

Cette étrange logique sévit également dans bien d'autres domaines hélas.

Cette course à l'échalotte ne peut être gagnée que par l'élimination des combustibles fossiles, vaste problème comme aurait dit qui vous savez.

Peut-être assistons-nous aux derniers soubresauts d’un concept automobile dépassé, condamné par la nécessité d’accomplir la transition énergétique, laquelle est peu compatible avec le gaspillage et la pollution débridée acceptés au nom de la vitesse et de la puissance flatteuses pour l’égo.

Entre les performances requises pour passer les tests d’homologation et les 100 km/h départ arrêtés en trois secondes, saint graal des fondus de bagnole, il y a certainement un juste milieu convenant à un usage de transport plus qu’à l’exacerbation de l’égo.

Il nous faudra hélas vivre encore longtemps avec du carburant liquide. Les biocarburants remplaceront éventuellement les carburants fossiles, mais les problèmes de pollution subsisteront.

Si les normes antipollution sont appliquées avec sérieux et dans des configurations d'usage normal, incluant la lutte contre les nanoparticules, il est probable que les moteurs thermiques devront être profondément remaniés pour être acceptés sur nos routes.

Il serait en effet incohérent de traiter sur le même pied des véhicules électriques dénués de toute émission polluante, et des véhicules à moteurs thermiques qui continueraient d'émettre Oxydes d'Azote et nanoparticules.

Mais hélas les incohérences n'effraient pas nos décideurs, il n'est que de voir avec quel enthousiasme ils ont décidé de jeter sur nos routes des milliers d'autocars diesel pour concurrencer le train électrique non polluant par nature!

Nous devons souhaiter que le pas de clerc de Volkswagen aux Etats-Unis, révélateur d'une imposture généralisée, soit l'occasion d'une prise de conscience et le départ d'une réflexion de fond sur la mobilité dans un monde plus écologique.

Il a fallu que ce soit le pays le plus pollueur de la planète qui nous mette le nez dans notre caca, quelle ironie après l'épisode de l'Urée !

La COP 21 est censée mettre de l'ordre dans ce qu'il faut bien appeler une pétaudière.

La boîte de Pandore ouverte à deux mois de la réunion de la "dernière" chance réveillera-t-elle les consciences endormies ?

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