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5 octobre 2015 1 05 /10 /octobre /2015 10:53

5 Octobre 2015

Que nos voitures consomment 10 ou 20% de plus que les valeurs « catalogue », et donc polluent en conséquence, tout le monde le savait pour en avoir fait l’expérience quotidienne depuis longtemps.

Curieusement personne ne s’en offusquait.

Ni les pouvoirs publics, dont c’est pourtant la responsabilité de s’assurer de la pertinence des normes d’homologation et de leur respect par les constructeurs.

Ni les clients, tant est grande la force de l’habitude qui nous fait tolérer des nuisances dès lors qu’elles sont partagées par nos confrères.

Il a fallu qu’une ONG américaine ouvre la boîte de Pandore et s’avise que le roi était nu et le clame haut et fort.

Avant même de savoir s’il s’agit d’une sincère réaction écologique ou d’une manœuvre déloyale contre un concurrent devenu encombrant, il est urgent de prendre des contre-mesures.

Il va donc falloir sortir la poussière de dessous le tapis et faire semblant de découvrir la chose afin d’éteindre cet incendie avant qu’il ne s’étende à toute la forêt.

En Europe, le consommateur éclairé sait que les chiffres catalogue de consommation et d’émissions ne sont que de la pub. Il y a bien longtemps qu’il a viré sa cuti et prend la publicité pour ce qu’elle est: un conte pour enfants destiné à flatter son égo. il suffit de décrypter les photos sur papier glacé pour comprendre que le constructeur ne cherche pas à nous vendre un moyen de transport écologique mais à nous convaincre qu’en achetant tel modèle nous gagnons le droit de nous identifier à un statut et un mode de vie nous sortant d’un ordinaire jugé un peu fade. Autrefois le modèle était le cow-boy à la cigarette, aujourd’hui c’est le père de famille soucieux de l’avenir de la planète.

On sait par ailleurs que le transport écologique c’est la bicyclette pour les petits parcours à condition d’avoir la forme physique et aucune charge à transporter, et le train (électrique) à condition de considérer l’électricité nucléaire comme une source propre et renouvelable. A défaut il faudra attendre l’électricité éolienne ou solaire, et pourquoi pas la voiture électrique .

La bagnole, homologuée ou pas euro 6 ou WLTP, est devenue hélas indispensable. Sans voitures l’économie s’effondre, c’est une évidence.

Alors le citoyen se débrouille avec les autos qu’on lui vend et surtout celles que sa bourse lui permet d’acquérir, c’est-à-dire deux fois sur trois une bagnole d’occasion ( deux transactions sur trois portent sur des modèles d’occasion). Lesquelles ont, par définition, souvent plus de dix ans d’âge et parfois bien davantage.

Ce qui fait de la norme Euro 6 un document exotique qui ne concerne que les « happy few » assez riches pour acheter les ordinateurs à roulettes proposés en concessions. Et si en plus cette fameuse norme est bidonnée, on n’est pas sortis de l’auberge…

Le consommateur a depuis longtemps renoncé à croire à la vertu des industriels, plus prompts à pratiquer l’obsolescence programmée qu’à lutter réellement contre la pollution. Comment veut-on que le citoyen prenne au sérieux les prêches médiatiques contre le gaspillage et la pollution quand on voit avec quelle légèreté sont traités ces problèmes ( légèreté est bien sûr un euphémisme).

Que peut penser l’usager d’un diesel à qui l’Etat reproche de polluer la planète, en constatant que ce même Etat vient de décider d’autoriser sur nos routes plusieurs milliers d’autocars ( Diesel bien entendu) pour concurrencer le train électrique proclamé par ailleurs « transport le plus écologique » ?

Cette schizophrénie officielle n’est pas de nature à encourager le citoyen à adopter un comportement vertueux.

Le piège dans lequel Volkswagen s’est maladroitement fait prendre risque de causer quelques dégâts collatéraux. Mais, de même que les procès contre les fabricants de cigarettes n’ont pas réussi à faire disparaître le tabac, on peut penser que cette histoire de test bidonné se terminera non pas par des chansons comme dans l’opérette, mais par la distribution de quelques milliards pour calmer les esprits.

Au fait, le bénéfice 2014 du groupe Volkswagen s’est élevé à 10,8 Milliards d’euros, pour un chiffre d’affaires de 202 Milliards correspondant à la vente de 10 millions de véhicules. Au bilan 2014 apparaissent 49 Milliards de provisions pour risques et charges non courantes, et 19 Milliards de trésorerie et équivalent trésorerie. De quoi permettre à la firme de traverser la tempête sans trop de dommages. Les dividendes ont augmenté de 20%…en 2014.

Au sein de ce carnaval seuls seront à juste titre scandalisés les rares clients ayant acquis tel véhicule, convaincus de faire un geste écologique. Ils auront le droit de se sentir trahis et de demander des comptes. Les autres leur emboîteront le pas, ravis de l’opportunité de récolter au passage une coquette indemnité.

La morale de cette histoire c’est que les autorités responsables ont, une fois de plus, fait la démonstration de leur incapacité à faire appliquer et respecter des règles qu’eux-mêmes ont établies. Mais, est-ce vraiment une surprise ?

Allez, bonne route… Et surtout gardez le moral car, avec la COP21, vous n’avez pas fini d’en entendre, des salades.

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