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11 août 2015 2 11 /08 /août /2015 19:06

11 Août 2015

La prochaine COP 21 revêt l'aspect d'un coup de pied dans la fourmilière de la transition énergétique.

Sous peine de perdre la face, chaque Etat participant se voit contraint de se présenter propre sur lui et habillé de neuf, du moins énergétiquement parlant.

En tant que pays invitant, la France n'échappe pas à ce nécessaire aggiornamento et se doit même de montrer l'exemple.

L'essentiel de notre argumentation en matière de preuve de notre approche vertueuse du problème du CO2, puisque c'est de lui qu'il s'agit, c'est notre puissance électronucléaire, exempte d'émissions de ce dioxyde qui nous pourrit la vie.

Ce choix, qui remonte aux années cinquante, ne doit évidemment rien à une quelconque prescience du futur réchauffement climatique, mais plutôt à la recherche d'une indépendance énergétique voulue par un certain général, préoccupation louable en soi.

Tout a été dit sur les nuisances du nucléaire, qu'il soit civil ou militaire, les nuisances en question concernant les mêmes destinataires dans les deux cas.

Parmi celles-ci la gestion des déchets radioactifs n'a jamais reçu de solution satisfaisante, nous pourrions même dire pas de solution du tout.

Or, parmi les objectifs de la COP21, la protection de l'environnement et de la biodiversité sont des critères de base.

Autrement dit, en matière de lutte contre le réchauffement climatique, le remède ne doit pas tuer le malade.

C'est pourquoi cette histoire de déchets nucléaires, mise en veilleuse en période favorable, refait surface aujourd'hui à la veille de la COP21, car il serait malséant de ne pas arriver les cuisses propres devant des nations auxquelles on prétendrait donner des leçons d'hygiène énergétique.

Le problème concerne l'ensemble des déchets radioactifs, mais plus particulièrement les déchets de très haute activité à vie longue (HALV).

Par vie longue il faut comprendre non pas quelques dizaines d'années, non pas quelque siècles, non pas quelques milliers d'années, mais bien des centaines de milliers d'années.

L'Homme est arrivé très tardivement sur cette planète. Il l'a colonisée à son profit et compte bien y rester, c'est du moins le souhait de la plupart d'entre nous.

Pour assurer cette suprématie et pour alimenter sa soif de progrès technologique, l'Homme n'a pas hésité à piller les ressources de la planète et à mettre en danger de disparition certaines autres espèces.

Aujourd'hui, avec le nucléaire, c'est de la disparition de l'Homme lui-même qu'il s'agit. Les effets des radiations sur le long terme, nous parlons de milliers d'années, sont désormais connus comme susceptibles de changer la nature même des espèces vivantes, dans un sens qui nous échappe complètement.

Les "travaux pratiques" réalisés, volontairement ou non, à Hiroshima, Nagasaki, Tchernobyl et Fukushima, offrent suffisamment de preuves de la nocivité des rayonnements émis et des désordres organiques engendrés.

Nous ne pouvons plus prétendre ignorer ce danger que nous risquons de faire courir aux générations futures.

Nous ne pouvons pas davantage prétendre ignorer que la dissémination des déchets radioactifs transformera ce risque en certitude à plus ou moins long terme.

C'est pourquoi le cadavre doit être sorti de son placard et la gestion de ces déchets doit devenir un problème central dans une stratégie de préservation du climat, de l'environnement, et de la biodiversité.

L'enfouissement définitif est inacceptable à une époque où l'on exige des emballages biodégradables pour nos aliments. Quel retour en arrière !

L'enfouissement soi-disant réversible n'est pas davantage acceptable.

La sécurité d'un site ne peut être assurée que par une présence permanente assistée de moyens d'intervention.

On imagine l'usage qui pourrait être fait de produits hautement radioactifs qui seraient "récupérables" par des groupes terroristes ou des Etats voyous, à l'occasion de conflits régionaux comme nous en connaissons et en avons connu et en connaîtrons encore tout au long de notre Histoire.

Qui peut dire quelle sera la situation géopolitique de telle région de la Planète en l'an 4015 ? Ou 8 600 ?

Il y a aujourd'hui près de 400 réacteurs nucléaires dans le monde, dont 330 en fonctionnement, les autres arrêtés (provisoirement) ou en attente de démantèlement.

18 Pays sont ainsi "nucléarisés" à des degrés divers, et certains comptent bien ne pas en rester là, surtout si le nucléaire reçoit un accueil favorable de la COP 21.

Qui peut prétendre alors garantir la transmission des informations et les conditions de sécurité sur des dizaines de milliers d'années, connaissant l'instabilité intrinsèque de nos sociétés et de nos systèmes politiques ?

Oublions donc l'enfouissement ( l'enterrement) géologique, qui n'est que le transfert du problème sur les générations futures, sans aucune visibilité sur le maintien des conditions de sureté.

Oublions aussi bien entendu l'immersion dans des fosses océaniques, projet encore plus inconscient s'il en est.

Une éventuelle décision planétaire d'arrêt du nucléaire ne mettrait pas un terme au problème de la gestion des déchets produits par les 400 réacteurs existants, au contraire, elle l'accentuera puisque ces réacteurs devront alors être démantelés à court terme.

Mais alors, que faire ?

Heureusement il existe une autre voie, qui est la transmutation des déchets HAVL en produits à durée de vie courte plus facilement gérables.

Mais cette voie, qui fait l'objet d'importants travaux depuis plusieurs années, présente l'inconvénient de faire appel à une technologie de réacteurs "incinérateurs" de quatrième génération à neutrons rapides, ceux-là même qui sont violemment combattus par les anti-nucléaires.

Encourager cette voie revient à soutenir le programme de développement des réacteurs de quatrième génération, et donc la politique nucléaire en général.

Dans la vie il faut parfois manger son chapeau…

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