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28 janvier 2015 3 28 /01 /janvier /2015 10:18

28 Janvier 2015

Ce titre en forme de provocation veut attirer l’attention sur l’étrangeté de notre politique énergétique, dont le moins que l’on puisse dire est qu’à ce jour elle demeure absconse.

La communication du Gouvernement sur la soi-disant transition énergétique est un vaudeville qui se joue dans la meilleure tradition à quatre personnages:

Le Gouvernement d’une part, qui se veut maître du jeu mais doit composer avec les exigences des trois autres:

La cohorte des écologistes, dont le soutien électoral conditionnel impose des limites à l’ambition décisionnelle du chef de l’Etat.

Les grands groupes industriels de l’énergie, constitués en état dans l’Etat et arguant de leur expertise pour tenter d’imposer leur propre stratégie.

Les instances internationales, constituées en garants de la défense de l’environnement et de la biodiversité, et auxquelles le Gouvernement doit allégeance, au moins au plan moral.

D’un côté les grands principes écologiques exigeant la mort du Nucléaire et l’abandon du pétrole, du gaz naturel et du Charbon, et prônant la sobriété ; de l’autre les grands principes de réalité, ne pas casser ce qui marche, faire confiance à la Science, protéger les emplois, ne pas ruiner le pays ni les actionnaires; au milieu le Gouvernement et les grands principes démocratiques, ne pas mettre la France en panne d’énergie, réduire la dépendance énergétique, ne pas accroître la dette, et préparer les prochaines élections, ce dernier point n’étant pas le moins important…

Difficile au milieu du brouhaha de cet affrontement de deviner ce qu’il pourrait advenir de notre politique énergétique dans les dix ou vingt prochaines années. Quant à l’horizon 2050 il demeure du domaine de madame Irma, ou des prévisionnistes, ce qui revient à peu près au même.

D’après les dernières rumeurs, qui rapportent les dires de la Ministre de l’Energie et de l’Ecologie réunies ( curieux rapprochement ) en confidence à une gazette, la France conserverait sa politique électronucléaire sans changement significatif hormis l’annonce d’un plafonnement de la puissance des chaudières à sa valeur actuelle de 63 GW.

Sous les réserves habituelles, en particulier de l’approbation du Président on peut donc, sans grand risque de se tromper, prévoir la situation à l’horizon 2025/2030, du moins pour l’énergie électrique:

La production électronucléaire restera à son niveau actuel de 440 TWh, ce qui correspond à un parc plafonné à 63 GW avec un taux de disponibilité de 80%. Pour compenser la mise en route de l’EPR de Flamanville, deux ou trois vieilles chaudières seront arrêtées, les autres étant plus ou moins rafistolées en conformité avec les nouvelles règles de « sécurité » post Fukushima. A part deux ou trois, sacrifiées sur l’autel de l’écologie, la plupart feront encore une dizaine d’années.

La Ministre n’a pas exclu la possibilité d’en construire d’autres. Un second EPR sera éventuellement mis en chantier, et les études sur la génération IV seront poursuivies.

( En fait il n’y a rien de changé).

La production hydraulique ne subira pas de grands changements, il n’est pas prévu de nouveaux barrages importants, on peut l’estimer stable à 50 TWh ( corrigés des variations saisonnières).

Le maintien d’une production thermique est indispensable pour d’une part comme aujourd’hui, fournir les pointes de consommation que le nucléaire ne peut pas assurer au-delà de 50 GW ( 63 GW installés et 80% de disponibilité), et d’autre part compenser l’intermittence des énergies renouvelables alors connectées au réseau, et prendre la relève de l’hydraulique en cas de nécessité météorologique.

L’accent sera mis sur les centrales à gaz à cycles combinés et la production thermique sera de l’ordre de 70 TWh contre 50 TWh aujourd’hui.

Les études sur le stockage de masse de l’électricité en relèvement des énergies intermittentes progressent mais leur mise en œuvre sur une grande échelle n’est pas prévue avant 2020. Par ailleurs leur fonction sera d’assurer une relève de courte durée pour le lissage de la production, et non pas de soutenir le réseau dans la durée, ce que seules sont capables de faire les centrales thermiques.

Donc, à l’horizon 2025/2030, la capacité de production électrique sera de l’ordre de 560 TWh avec les seules énergies Nucléaire, Hydraulique, et Thermique. On arrive à 580 TWh en ajoutant la production actuelle d’énergie renouvelable électrique raccordée au réseau. (Les énergies Eolienne et Photovoltaïque ont fourni en 2014 respectivement 15 TWh et 6 TWh raccordés au réseau).

Or la consommation électrique intérieure en France est stable à 480 TWh/an depuis 2008 (corrigée des variations saisonnières). La production actuelle correspondante est d’environ 550 TWh, la différence étant constituée des consommations internes des installations de production, des pertes en lignes, et des exportations pour l’excédent.

La consommation en 2030 a peu de chance d’être supérieure à 500 TWh, compte tenu du programme important d’économies d’énergie soutenu par le Gouvernement et relativement bien engagé: Eradication progressive du chauffage électrique, promotion du chauffe-eau solaire, éclairage basse consommation, augmentation de l’efficacité énergétique des appareils domestiques, de bureautique, Informatique, multimédia et communications, développement du concept d’autosuffisance électrique à l’échelle de l’habitat collectif et/ou individuel, meilleure gestion du réseau grâce à la mise en œuvre du concept « smart grid » (compteur intelligent), et incitations à l’épargne énergétique par la tarification progressive.

Une part de plus en plus significative de la consommation électrique des secteurs Habitat/Tertiaire proviendra d’une production locale non réinjectée dans le réseau ( autoconsommation), ou réinjectée seulement partiellement. L’autosuffisance sera rendue possible grâce à la généralisation des systèmes de stockage d’énergie électrique pour compenser l’intermittence du solaire et de l’éolien, et des chaudières à micro-cogénération.

Une légère augmentation des besoins (environ 30 TWh/an) est prévisible en fonction de certains besoins nouveaux:

- La voiture électrique et/ou hybride: Base 10 millions de véhicules électrifiés en 2025 (Hypothèse haute). Moyenne 12 000 km/an, dont 6 000 km en mode électrique (50%). Consommation en mode électrique: 20 KWh/100 km. Consommation annuelle: 12 TWh/an pour 10 millions de véhicules.

- Les Pompes à chaleur: Hypothèse: 10 millions de logements équipés, consommation moyenne de 2 MWh/an , soit 20 TWh/an total.

Compte tenu de cette évolution probable du marché, les besoins en électricité de réseau n’augmenteront donc pas significativement d’ici 2030. C’est du moins notre hypothèse.

On peut donc se demander si, dans ces conditions, il est bien nécessaire de pousser de façon urgente le développement de l’éolien et du photovoltaïque raccordés au réseau au-delà de l’acquisition de compétences puisque, au moins pour la prochaine décennie, nous avons déjà à peu près toute l’électricité qu’il nous faut.

Si cette conjoncture se maintient, et en particulier si la production électronucléaire perdure, on peut raisonnablement repenser le rôle des énergies renouvelables dans ce contexte. Qu’il s’agisse d’éolien, de photovoltaïque, de solaire à concentration, d’exploitation de la biomasse, de petite hydraulique, ou de géothermie, leur caractéristique commune est leur parfaite adaptation à une utilisation locale à petite et moyenne échelle.

Le concept actuel repose sur un petit nombre d’installations de très fortes puissances distribuant l’énergie grâce à un réseau au maillage complexe connectant chaque utilisateur jusque dans la plus lointaine campagne. Ce système, complexe et non dénué d’inconvénients comme les pertes en lignes et la complexité d’une gestion à l’échelon national, a cependant donné les preuves de son efficacité. La centralisation de la gestion et le maillage du réseau permet de garantir la continuité et la qualité du service. Tout le monde parle le même langage technique et utilise les mêmes procédures. Il se prête également aux échanges internationaux d’énergie grâce à des passerelles d’interconnexion avec les pays riverains.

Il n’y a donc pas lieu de le remettre en question.

Les énergies nouvelles, bien adaptées aux petites et moyennes installations, sont l’occasion d’introduire une part d’autonomie (autoconsommation) et de décentralisation dans la production énergétique. Bien sûr l’écueil principal est le risque réel d’introduire le désordre dans un système dont le bon fonctionnement exige une gestion rigoureuse. Répartir les responsabilités c’est aussi multiplier les sources de disfonctionnements et in fine de perturbations du réseau.

Un tel concept de décentralisation de la production ne peut être efficace que s’il fait partie d’une stratégie Nationale définissant des objectifs et des règles communes permettant une interconnexion non discordante avec le réseau existant.

En particulier on sait que les énergies renouvelables ne seront efficaces que s’il existe une possibilité de stocker des quantités importantes d’électricité pour compenser l’intermittence de la production. Il existe diverses technologies de stockage, déjà disponibles pour des capacités compatibles avec les besoins locaux ( Gravitaires, thermiques, électrochimiques, mécaniques, etc…). Ces installations doivent être interconnectables par l’intermédiaire du réseau afin de réaliser un stockage partagé. Tout ceci ne peut pas être réalisé dans le désordre et au gré de la fantaisie de responsables locaux. Ce pourrait être un projet de transition pour les vingt prochaines années.

On s’apercevrait alors que les besoins de la production centralisée du réseau seraient non plus de 500 TWh, mais peut-être de la moitié, voire encore moins, ce qui permettrait d’envisager sereinement le retrait du nucléaire.

Les énergies nouvelles sont peut-être l’occasion donnée aux citoyens de reprendre leur part de responsabilité énergétique et de cesser de tout attendre de EDF. Et de démontrer que l’on peut assurer ses besoins énergétiques sans émettre de CO2 et sans faire appel au nucléaire…

Pour ce qui concerne les initiatives citoyennes on pourra en trouver sur les sites suivants:

http://chantier-parc-eolien-citoyen-beganne.blogspot.fr/

http://www.eolien-citoyen.fr/accueil-isac-watts.html

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