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10 décembre 2014 3 10 /12 /décembre /2014 18:19

10 Décembre 2014

Madame le Maire de Paris a donc décidé de lancer une campagne d’assainissent de l’air de la capitale visant à l’éradication des véhicules à moteur diesel d’ici 2020.

Voici donc la polémique relancée, il fallait bien distraire l’attention des parisiens de certains autres sujets épineux, notamment le logement social. Après l’échec des ZAPA , ce nouveau prurit anti diesel a un relent de menace fantôme, une sorte de ressac de la tempête déclenchée par le réchauffement climatique qui vient mourir en querelle autour des nanoparticules.

La pollution engendrée par la combustion des hydrocarbures ( et pas seulement du diesel) est bien connue depuis les débuts de l’utilisation de la sainte huile dans nos moteurs. La croissance du parc automobile a eu comme conséquence inévitable l’accroissement de cette pollution.

On ne brûle pas impunément chaque année vingt-neuf Milliards de litres de carburant sans subir quelques retombées fâcheuses.

Mais notre société trop gâtée veut à la fois le beurre et l’argent du beurre. Rouler en voiture sans limite, mais ne pas en subir les conséquences. Cela s’appelle précisément l’inconséquence.

Soyons honnêtes, contre cette marée montante de la pollution engendrée par nous-mêmes, des actions furent entreprises au long des décennies.

Une première croisade fut menée avec comme objectif de combattre les effets les plus directement sensibles, à savoir les odeurs et les fumées. Ce qui fut fait avec un certain résultat. Les anciens se souviennent que dans les années soixante-dix, la traversée de Paris à pied était quasiment interdite aux personnes fragiles des bronches. Aujourd’hui on peut y respirer, même si on ne sait pas très bien ce que l’on respire.

Et puis les agences de santé ont tiré le signal d’alarme; la clarté de l’air et l’absence relative d’odeur d’essence cachaient d’autres polluants certes invisibles, mais ô combien plus pernicieux. Leur liste nécessiterait plusieurs pages et tous ne sont pas mesurables facilement. Il fut alors décidé, et dans un cadre européen voire mondial, de s’attaquer à quelques-uns de ces polluants, les plus faciles à mesurer en fait. On désigna les ennemis:

- Le Plomb, qui fut (tardivement hélas) banni de l’essence.

- L’amiante, dont les effets connus depuis plusieurs décennies ne furent eux-aussi pris en compte que tardivement. L’automobile était concernée par les plaquettes de freins et les garnitures d’embrayages.

Ces deux poisons, présents dans bien d’autres domaines, sont responsables de plusieurs dizaines de milliers de morts, et leurs effets se font toujours sentir. ( Jusque dans les plombs de chasse, qui ne tuaient pas que des perdrix)

Ces deux outsiders sont accompagnés d’une foule d’autres composants dont les effets à long terme sur la santé publique sont maintenant bien connus.

- Oxydes d’Azote ( NOx)

- Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques ( HAP)

- Composés Organiques Volatils ( COV)

- Dioxyde de Soufre ( SO2)

- Monoxyde de Carbone ( CO)

- Métaux lourds.

Dont les composants élémentaires sont légion.

Ces poisons sont tous nocifs à des niveaux différents, et sont à l’origine de graves problèmes de santé publique. Certains d’entre eux sont cancérigènes. Les autres nous tuent plus lentement, mais sont tout aussi nocifs, parlez-en aux victimes de BPCO et d’Asthme.

Les produits nocifs rejetés par les voitures se présentent sous des formes diverses, depuis l’état gazeux jusqu’à l’état de particules visibles ou non, selon leur taille.

Pour en éliminer une partie il fut décidé deux types d’actions:

D’une part agir sur la conception et le management des moteurs pour réduire à la source les taux d’émissions indésirables.

D’autre part équiper les véhicules de filtres pour « assainir » quelque peu les gaz d’échappement.

Les pots catalytiques ou les FAP ( Filtre A Particules) équipent maintenant tous les véhicules, sauf les plus anciens ( En France l’âge moyen des voitures est de 8,5 ans et le nombre de voitures âgées de plus de 15 ans est encore très important).

Hélas, malgré toutes ces précautions et ces réels efforts, les scientifiques nous expliquèrent que dans les grandes lignes on avait tout faux parce que les particules les plus nocives sont les plus petites et que rien ni personne ne pourra jamais les arrêter.

Ce sont les fameuses nanoparticules. Leurs dimensions sont de l’ordre de celles des molécules, elles s’insinuent partout, particulièrement dans les voies respiratoires où elles peuvent s’installer dans les alvéoles pulmonaires et franchir la fine barrière qui sépare l’atmosphère de l’intérieur de l’organisme.

Tous les polluants émis par nos moteurs se trouve partiellement à l’état de nanoparticules. Or les Filtres à particules ne les arrêtent pas, pas plus que les pots catalytiques évidemment. De par leur conception les filtres doivent laisser passer les gaz d’échappement; les trous de filtrage doivent être suffisamment petits pour arrêter les particules, mais suffisamment gros pour laisser passer les gaz et éviter un encrassement trop rapide. De plus, les particules arrêtées par les FAP des diesels s’y accumulent et doivent bien être évacuées sous peine de boucher l’évacuation des gaz et provoquer une casse moteur; ceci est obtenu en brûlant la couche de suie et en évacuant les résidus dehors. C’est la « régénération », qui transforme les grosses particules en petites, sans en changer vraiment la nocivité.

L’état de la technologie d’aujourd’hui ne permet pas de faire mieux.

De récentes analyses montrent que les nouveaux moteurs à essence à injection directe émettent autant de nanoparticules que les moteurs diesel, sinon plus. ( Tests menés par TÜV Nord sur trois modèles de voiture moyennes Ford, Hyundai et Renault). [http://www.transportenvironment.org/sites/te/files/publications/GDI%20Briefing_final_T%26E.pdf]

La norme Euro 6b est entrée en vigueur en Septembre 2014 pour la réception des nouveaux modèles. Elle fixe une limite aux émissions de particules :

6 000 Milliards de particules par km pour les voitures équipées de moteurs à essence à injection directe.

6 00 Milliards /km pour les diesel.

Assez curieusement les moteurs à essence sont autorisés à émettre davantage de particules que les diesel !!! Cette tolérance cessera paraît-il en 2017, les essence ne devront pas polluer plus de les diesel (!).

Ce qui prouve s’il en était besoin qu’il y a un vrai problème sur les nouveaux moteurs à essence à injection directe.

On notera la quantité extravagante de particules que nos moteurs sont désormais autorisés à émettre dans la nature. On parle de centaines de milliards par km pour une seule voiture ! Et ceci en sortie des filtres censés les arrêter !

Tout ceci ressemble fort à une mascarade.

La sevérisation des normes successives permet certes de réduire la pollution automobile, mais ne permettra jamais de la supprimer pour les moteurs utilisant des hydrocarbures, fossiles ou renouvelables.

Les biocarburants sont des hydrocarbures et à ce titre seront également sources d’émissions de polluants.

La seule façon de supprimer les émissions polluantes d’une voiture en circulation est d’adopter une motorisation exempte par nature de rejets polluants. Aujourd’hui on pense d’emblée à la motorisation électrique, qui ne rejette rien.

Les moteurs électriques peuvent être alimentés par de l’électricité stockée dans une batterie, ou fabriquée « in situ » par une pile à combustible. Il faut alors s’assurer que la production de cette électricité n’est pas elle-même à l’origine d’une pollution au cours de la fabrication, de l’utilisation des batteries, des piles à combustibles, des éoliennes, des panneaux photovoltaïques, et de leur recyclage .

L’électricité n’est pas le seul recours. L’Hydrogène constitue un carburant dont la combustion ne s’accompagne d’aucun rejet polluant, tout au moins en théorie. Ce gaz doit être produit par une méthode elle-même non polluante; on pense à l’électrolyse de l’eau par de l’électricité verte.

On peut craindre que, tant que des hydrocarbures, fossiles ou non, seront utilisés dans nos moteurs, la pollution aux nanoparticules restera inévitable qu’il s’agisse de supercarburant, de gazole, de bioéthanol ou de biodiesel.

En attendant la ou les solutions qui permettront de rouler électrique en permanence, la voiture hybride représente une solution « acceptable » au moins pour réduire la pollution en centre ville:

Rouler propre en ville et polluer à la campagne, ce n’est certes pas glorieux, mais la vie est faite de compromis et celui-ci en vaut bien un autre, au moins pour un temps.

Les usagers qui roulent au Diesel ont fait ce choix par économie, pour réduire leur budget carburant d’une part, et en espérant revendre leur véhicule plus cher en occasion au bout de quelques années. Leur interdire l’accès des centres villes équivaut à annuler la valeur marchande de leur voiture tout en leur imposant l’achat d’un véhicule neuf qui, logiquement, devrait être un véhicule électrique ou hybride. En effet il serait absurde de mettre à la casse une voiture diesel récente au motif qu’elle émet des nanoparticules, pour la remplacer par une autre à essence qui en émettra tout autant !

Il serait plus intelligent de s’occuper de la façon dont les tests de pollution sont mesurés pour l’homologation des véhicules neufs, et d’interdire aux constructeurs d’optimiser leurs réglages pour obtenir les meilleurs résultats aux tests, sachant que ces tests ne représentent en aucun cas les conditions réelles d’utilisation.

Il nous reste à espérer que la raison triomphera et que la mesure « anti-diesel » se transformera en un vrai programme de réduction de la pollution automobile en général, grâce à la mise en œuvre de mesures de bon sens:

- Elimination des véhicules « poubelles » à travers le contrôle technique et les contrôles volants ( Car il y en a, et pas seulement des diesels).

- Soutien à la mise en œuvre des nouvelles normes d’homologation des véhicules.

- Sévérisation des procédures de préparation des véhicules pour les tests d’homologation.

- Incitations à l’achat de véhicules électriques et/ou hybrides: Prime à l’achat, aides à l’installation de bornes de rechargement, prime à la casse.

- Mise en place de mesures en faveur des véhicules électriques et hybrides en mode électrique contrôlable: Stationnement gratuit y compris en parkings, places de stationnement réservées, multiplication des postes de rechargement, gratuité de l’électricité de recharge, zones de restriction de circulation réservées aux véhicules électriques, etc…

- Incitations à la pratique du covoiturage .

- Développement des transports collectifs « propres ».

- Politique d’incitation à l’électrification des véhicules utilitaires et de livraisons en zone urbaine.

Bien sûr il est plus facile de faire appel au hussard de service pour prendre des décisions à l’emporte-pièce quitte à les annuler huit jours plus tard comme pour les feux de cheminées, et bien d’autres.

Les problèmes difficiles ne peuvent se régler que par la réflexion et la concertation, en écartant les conflits d’intérêts, les postures idéologiques, les groupes d’influence, les effets d’annonces, et en acceptant de mécontenter une minorité lorsque l’intérêt général l’exige. Mais ne rêvons pas, tout cela n’est que l’image en négatif de la vie politique…

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