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23 novembre 2014 7 23 /11 /novembre /2014 19:00

23 Novembre 2014

L’Homme se chauffe au bois depuis de nombreux siècles.

En France la consommation énergétique annuelle de bois de chauffage est estimée à près de 90 TWh, relativement stable, soit 16% de la consommation résidentiel-tertiaire pour le secteur chauffage-climatisation.

Le grand battage de la transition énergétique a remis le bois à la mode: Source d’énergie renouvelable à Carbone recyclable, disponible en France en abondance ( la forêt couvre 30% du territoire), exempt de TICPE et jouissant (encore) d’une TVA réduite et d’une image écologique inoxydable, que demander de plus ?

Côté prix la situation est plus contrastée.

Notre référence sera le Gaz naturel, actuellement la moins chère des énergies de réseaux. Le prix du KWh de Gaz naturel est de 6,7 centimes TTC en comptant l’abonnement et les taxes ( Tarif domestique 2014 pour une consommation annuelle de 36 MWh ).

Le bois de chauffe se présente sous deux espèces: le bois-bûches et les Pellets ( granulés). ( Les bois de trituration, les résidus de scieries, ne concernent pas directement les applications domestiques).

Le prix du KWh de bois-bûches dépend de différents facteurs:

- Le conditionnement: Bûches de 1 m, 50 cm, 33 cm. Fendues ou non fendues.

- La quantité commandée: Nombre de Stères.

- Le transport ( distance).

- Le type de bois:

G1 ( Chêne, Charme, Hêtre,…)

G2 ( Châtaigner, Merisier, Acacia, fruitiers…)

G3 ( Résineux et feuillus tendres)

- Le taux d’humidité du bois:

H1 ( H < 20%)

H2 ( 20% < H < 35%)

H3 ( H > 35%)

- Et bien sûr le vendeur ( Contrairement aux énergies de réseaux, le bois ne bénéficie pas d’un tarif réglementé, il faut donc faire jouer la concurrence).

Les performances homologuées d’un appareil domestique labellisé « Flamme verte » ne sont garanties que sous condition de n’utiliser que du bois G1-H1.

Dans ce cas le pouvoir énergétique d’un stère est d’environ 2000 KWh (référence de la profession). Le prix du KWh dépend alors directement du prix du stère: Entre zéro pour du bois récolté dans la propriété, et 4,7 centimes pour du bois G1-H1 livré en bûches fendues de 33 cm en zone urbaine par quantité de 3 Stères ( Il s’agit alors du prix maximum de 94 euro/stère pratiqué en 2014).

Par rapport au prix du gaz naturel, et pour une quantité d’énergie équivalente, le bois-bûche est donc au minimum 30 % moins cher, et jusqu’à 50 % moins cher pour des livraisons en bûches de 1m en quantité de 10 ou 12 Stères sur des courtes distances et/ou dans des zones géographiques favorisées.

Le tarif des pellets pour l’hiver 2014 est annoncé à 345 euros/tonne pour des livraisons de 3 à 5 tonnes. Le PCI des pellets bien secs étant de 4,9 KWh/ Kg, le prix du KWh s’établit à 7 euros, légèrement supérieur à celui du gaz naturel, avec en plus les problèmes de stockage des pellets qui exigent un local dédié avec une atmosphère parfaitement sèche, ventilée et protégée contre les risques d’incendie.

Le bois-bûches est donc, de très loin, la source d’énergie la moins chère.

Payer l’énergie moins cher est une chose, savoir comment on utilise cette énergie est une autre chose. Il est essentiel de voir comment cette énergie est transformée en chaleur, et comment cette chaleur est distribuée dans le bâtiment.

Dans un chauffage central, comportant par exemple une chaudière à condensation, le rendement atteint 95%, voire même 105% grâce à la récupération d’une partie de la chaleur latente de la vapeur d’eau de combustion. Cette chaleur est distribuée ( répartie) grâce à plusieurs points de chauffe (radiateurs) et la température est régulée par un thermostat. La puissance de chauffe est elle-même éventuellement ajustée par anticipation des variations de température atmosphérique. Les conditions de confort sont alors optimales.

Ceci reste vrai quel que soit le combustible: Gaz naturel, Fuel, bois-pellets.

Dans les conditions de prix actuelles du gaz naturel et du bois-pellets, il n’y a donc aucun intérêt à changer pour le bois-pellets, dont l’emploi est plus compliqué .

Oublions le Fuel, trop polluant et trop cher.

Si l’on considère non plus un chauffage central, mais un appareil de chauffage unique placé dans le logement ( Poêle ou insert), l’évaluation économique est différente: Sauf à construire la maison autour du poêle, la chaleur d’un unique appareil sera très mal distribuée dans les différentes pièces et il faudra renoncer au confort du chauffage central. Il fera trop chaud dans la pièce où est installé le poêle ( pièce principale) et il fera froid dans « les pièces du fond » pour lesquelles un chauffage d’appoint sera souvent nécessaire à certaines heures.

De plus, pour éviter une surchauffe insupportable de la pièce principale, il ne sera pas possible de délivrer une puissance égale à celle de la chaudière de chauffage central. Globalement donc on économisera sur le prix d’achat de l’énergie bois, et sur la puissance de chauffe, mais au détriment d’un confort moindre causé par une chaleur très irrégulièrement distribuée et une température moyenne plus faible.

L’exemple suivant permet de positionner les besoins en chauffage bois en remplacement d’un chauffage central à gaz par un poêle.

Considérons le cas d’une habitation qui demande une puissance de chauffage de 10 KW pour une température extérieure de - 10°C et pour une ambiante de +19°C dans toutes les pièces. ( Chaudière de 24 KW au gaz fonctionnant avec un rendement de 75% et avec un diagramme de 60% ON et 40% OFF.). La consommation est alors de 29 m3 de gaz par 24 heures ( pour 11,05 KWh / m3, Réseau GDF région Nord). Il s’agit de conditions hivernales relativement sévères.

On désire remplacer ce chauffage central à gaz par un poêle à bûches.

Le bois utilisé est supposé de bonne qualité: Classe H1, Humidité <20%, PCI = 4 KWh/Kg. Pour fournir une puissance de chauffe de 10 KW , il faudra donc brûler environ 3,6 Kg de bois par heure, soit 86 Kg par jour, en supposant une utilisation optimale permettant le meilleur rendement ( # 70%).

Il s’agit donc d’enfourner 30 à 35 bûches de 2 à 3 Kg en 24 heures! (En supposant un rendement constant de 70%, ce qui est loin d’être le cas avec un poêle à bois qui fonctionne rarement à ses conditions nominales).

Peu d’usagers accepteraient une telle corvée de bois, surtout les personnes âgées peu aptes à manipuler plusieurs tonnes de bois annuellement.

Mais ( heureusement), avec une telle puissance, la chaleur serait intenable dans la pièce où de trouve l’appareil, et il ferait à peine tiède dans les « pièces du fond ». Là où la chaudière fournirait 10 KW répartis dans toutes les pièces, on sera obligé de limiter la puissance du poêle à 6 ou 7 KW, voire moins, pour éviter une surchauffe de la pièce principale.

Là où la consommation annuelle s’élevait à 36 MWh avec une chaudière à gaz dans notre exemple, elle ne sera que d’une douzaine de stères avec un poêle à bois, soit 24 MWh environ, auxquels il faudra ajouter 2 ou 3 MWh de chauffage d’appoint électrique.

Une première économie se situe donc au niveau de la réduction de la puissance de chauffe tout simplement pour éviter d’avoir trop chaud dans la pièce où se trouve le poêle ! La deuxième économie réside dans le prix du bois-bûche.

Dans notre exemple de chauffage central avec chaudière à Gaz la consommation annuelle constatée atteint 36 MWh, pour une facture de 2400 euros, soit 6,7 centimes le KWh toutes taxes et contributions comprises.

La même maison, « chauffée » par un poêle à bois, se contentera de 12 stères représentant 24 MWh, pour un confort évidemment inférieur puisque la chaleur est très mal répartie et en moyenne plus faible. Il faudra ajouter 2 ou 3 MWh de chauffage d’appoint électrique. Le coût annuel dépend alors bien sûr du prix d’achat d’un stère. Pour 100 euro/stère ( 5 centimes le KWh), la dépense annuelle sera de 1250 euros TTC en comptant le chauffage d’appoint électrique qui intervient sporadiquement.

L’économie est donc réelle, près de 50%, due pour moitié au moindre coût de l’énergie bois et pour une autre moitié à l’impossibilité de chauffer toutes les pièces sans faire cuire les occupants de la pièces principale ! La température moyenne de la maison sera inférieure de un ou deux degrés par rapport à la version chauffage central. Un chauffage d’appoint sera nécessaire pour les salles d’eau et les chambres d’enfants.

Dans le chauffage au bois-bûche il ne faut pas sous-estimer la manipulation du combustible. Dans notre exemple utilisant annuellement 12 stères ( ce qui est une quantité relativement modeste), l’usager devra transporter plus de six tonnes et demi de bois depuis le lieu de stockage jusqu’à l’appareil. Cet exercice nécessite une condition physique satisfaisante, surtout si le lieu de stockage est à l’extérieur et/ou accessible par un escalier.

Le choix d’un chauffage au bois-bûche dans un poêle est donc le garant d’une économie substantielle, à condition de satisfaire à certaines conditions:

- Se satisfaire d’un certain inconfort ( température moyenne plus faible et chaleur irrégulière).

- Disposer de l’espace suffisant pour stocker au moins cinq ou six stères dans de bonnes conditions d’aération.

- Disposer de l’emplacement suffisant et libre pour les livraisons par camion sans encombrer la voie publique ( trois tonnes de bûches déversées sur la voie publique, çà fait désordre…).

- Jouir d’une condition physique satisfaisante permettant la manipulation d’une dizaine de tonnes de bûches chaque hiver ( double manipulation: une fois pour rentrer le bois, une fois pour transporter les bûches vers le poêle).

- Accepter de se lever la nuit pour recharger le poêle si l’on souhaite conserver une température décente.

- Penser à installer un chauffe-eau éventuellement solaire pour l’ECS.

- Accepter de prendre les dispositions nécessaires pour isoler les zones sensibles au gel, pour éviter les dégâts en cas d’absence prolongée hivernale ( Vacances aux Seychelles, séjour au ski, etc…).

- Accepter de limiter les absences sous peine de rentrer dans une maison glaciale sans chauffage depuis plusieurs jours.

- Pouvoir suppléer à l’indisposition du ou des « porteurs de bûches » pour cause de maladie ou d’incapacité temporaire.

On aura compris que le poêle à bois tout seul est incapable d’assumer les obligations d’un chauffage moderne digne de ce nom, sauf à accepter de revenir à des conditions de vie du XIXè siècle. Sa vocation est plutôt de servir d’appoint à un bon vieux chauffage central qui assurera les prestations de fond, particulièrement en périodes de grands froids, et notamment pour produire l’eau chaude sanitaire.

Le poêle conviendra aux demi-saisons où il apportera un « air de feu » pour les soirées un peu fraîches.

Pour conclure:

- Le bois-bûches dans un poêle moderne, c’est rustique et bon marché, mais il ne faut pas sous-estimer les inconvénients listés plus haut, ni en attendre les mêmes services que ceux que procure un chauffage central. Les deux sont complémentaires, comme avec une pompe à chaleur.

- le bois-pellets, c’est aussi cher que le gaz et le stockage est délicat, donc intéressant seulement en zones non desservies par le gaz de réseau. Mais cela peut changer dans l’avenir en fonction de l’évolution des prix du Gaz et du bois en granulés.

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