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28 novembre 2014 5 28 /11 /novembre /2014 16:28

28 Novembre 2014

La mobilisation continue et opiniâtre des scientifiques du GIEC a réussi à mobiliser l’attention du monde entier sur le problème du réchauffement climatique, et obtenu l’engagement des pays développés ( et quelques autres) sur un programme de réduction des émissions de gaz à effet de serre, entre autres.

Ces engagements commencent à donner ici et là quelques résultats encourageants autorisant un certain optimisme au sujet d’une amorce de transition énergétique visant à nous éviter un sort funeste.

Certes, la menace sans cesse brandie d’une grave crise des énergies fossiles n’est pas étrangère à l’intérêt porté aux énergies renouvelables, mais qu’importe les raisons profondes, seul le résultat compte.

Si cette croisade commence à porter ses fruits, on le doit surtout au fait que l’avertissement est venu d’en haut, c’est-à-dire de la communauté scientifique elle-même, tout au moins de la fraction qui a su se faire entendre en s’organisant au niveau mondial pour devenir un interlocuteur reconnu par la communauté des Etats.

Le GIEC est aujourd’hui une entité dont les avis sont pris au sérieux. ( A tort ou a raison diront certains, mais ceci est une autre histoire).

Par contre, la croisade contre le Nucléaire civil, vilipendé depuis des décennies par des opposants non dépourvus d’arguments solides, n’a jamais réussi à cristalliser l’intérêt de la communauté scientifique autour de ses thèmes. Cette croisade là reste une affaire d’opinions, dont l’expression diverse résulte en un brouhaha d’avis contradictoires nourris de la pâture médiatique dépourvue de fondements autres que politiques, voire idéologiques.

L’équivalent du GIEC n’existe pas pour promouvoir le retrait du nucléaire civil. S’il existe dorénavant une sorte de « taxe carbone », il n’est toujours pas question d’une quelconque taxe sur la pollution radioactive présente ou future.

Dans son dernier rapport, le GIEC a même reconnu l’électronucléaire comme énergie « propre » au sens de son absence d’émissions de CO2, tout en rappelant ses dangers, ce qui était la moindre des choses.

Les Etats peuvent donc, en toute mauvaise conscience, développer la politique industrielle de leur choix, incluant éventuellement le nucléaire civil, le charbon et les gaz de schiste. Et ils ne s’en privent pas.

437 réacteurs étaient en activité en 2012 de par le monde, pour une puissance totale de 360 Gigawatts, produisant 11,7% de l’électricité mondiale.

280 réacteurs ont plus de 21 ans, dont 150 âgés de plus de 31 ans. Si la France se « distingue » en produisant 75% de son électricité par l’électronucléaire, d’autres pays ne sont pas en reste: La Belgique, la Suède, la Finlande, l’Ukraine, la Hongrie, la Slovaquie, la Slovénie, produisent de 36 à 54% de leur électricité à partir du nucléaire.

Depuis l’accident de Fukushima, 8 nouveaux réacteurs ont été mis en service dans le monde: 1 au Pakistan, 3 en Chine, 1 en Iran, 1 en Russie et 2 en Corée du Sud. Un neuvième est sur le point d’arriver, c’est l’EPR de Flamanville.

Après la catastrophe de Fukushima l’Allemagne a décidé de sortir du nucléaire d’ici à 2022, et 8 réacteurs ont été arrêtés sur un total de 17. Cette décision a eu pour effet de mettre en évidence les difficultés d’une telle opération: pour remplacer la production des 8 réacteurs arrêtés l’Allemagne a du augmenter la production de ses centrales à charbon et donc le volume de ses émissions de CO2. Et ceci malgré une puissance installée conséquente en énergies renouvelables, hélas très intermittentes.

D’autre part le problème du démantèlement des 17 réacteurs condamnés reste entier et les évaluations des dépenses nécessaires au « retour à l’herbe » prennent une allure pharaonique si l’on y inclut le traitement et l’enfouissement des déchets en site géologique sécurisé sur le très long terme. Plusieurs centaines de milliards d’euros seront nécessaires, et il s’agit d’une dépense non productive ! ( Une évaluation cite le montant de 1 700 Milliards sur 30 ans !).

De son côté le Japon, qui avait arrêté 42 réacteurs après le désastre de 2011, a rencontré de gros problèmes énergétiques et financiers, et vient de décider de soutenir leur remise en production.

Ces fâcheuses « expériences » en vraie grandeur ont donné à réfléchir aux Etats sur l’opportunité d’adopter une politique de retrait du nucléaire « à la hussarde » sans en avoir au préalable pesé les inconvénients.

(Moralité: Il s’avère qu’il est plus facile de ne pas entrer dans le nucléaire que d’en sortir…)

Pendant la crise la vente continue:

C’est ainsi que 72 réacteurs sont actuellement en construction, et 100 à 200 autres sont planifiés ou annoncés pour d’ici à 2030 ( source AIEA).

La France achève de construire son premier réacteur EPR de 1 650 Mégawatts pour un coût aujourd’hui évalué à 8 Milliards d’euros.

L’énormité de la somme doit être nuancée en la rapportant à son impact sur le coût de l’énergie produite. La durée comptable d’amortissement de cet investissement est de 40 ans, bien que la durée de fonctionnement prévue soit de 60 ans. Chaque année ce réacteur produira environ 13 Milliards de KWh. Et chaque année le montant du remboursement de l’emprunt sera de 0,3 Md d’euros, dégressif . ( 0,2 Md de capital + 0,1 Md d’intérêts @ 1,5 %).

La charge de l’investissement sur le coût du KWh produit par ce réacteur sera donc de 2,3 centimes la première année, décroissant au fil des ans et nul au bout de 40 années, époque à laquelle l’amortissement sera réalisé alors que la production continuera encore pendant 20 ans.

C’est à première vue une excellente affaire, qui explique l’intérêt porté à la chose par un certain nombre d’états, d’autant plus que cette production échappera aux éventuelles pénalités Carbone, et surtout aux conséquences d’une crise des énergies fossiles.

Mais l’amortissement de l’investissement de départ n’est pas la seule composante du coût de production. Il faut ajouter bien d’autres dépenses:

- Les coûts d’exploitation, très supérieurs à ceux d’une centrale thermique en raison de la technologie très complexe et des règles techniques de sécurité sans commune mesure avec celles de l’industrie classique.

- Les coûts du combustible, couvrant la totalité du cycle depuis le minerai d’Uranium jusqu’au traitement du combustible usé et le stockage des résidus.

- les provisions pour le démantèlement des installations jusqu’au niveau de l’herbe. Ces provisions sont connues mais leur montant est largement sous-évalué selon tous les experts.

- Les coûts de la maintenance et du remplacement des composants usés.

- Les provisions destinées à couvrir les indemnisations suite à un accident nucléaire ( et qui peut évaluer justement leur valeur ?).

- Les provisions destinées à financer le stockage des déchets du démantèlement des réacteurs en fin de vie, complémentaire du démantèlement.

- Les dépenses de « consolidation » des réacteurs existants engagées pour être en conformité avec les injonctions des autorités de sureté nucléaire.

Après audition des industriels et contrôle des comptes, la Cour des Comptes a chiffré à 59,8 euros par MWh le coût de production de l’électricité nucléaire pour 2013, en augmentation de 20,6% par rapport à 2010.

Ces dépenses étant appelées à croître dans l’avenir, la Cour a estimé que d’ici à 2020 le prix public de l’électricité pourrait augmenter de 50%.

Le bas coût de l’électricité nucléaire est souvent cité comme argument en faveur de cette technologie. Voyons ce qu’il en est.

L’IEA ( International Energie Agency) publie annuellement le rapport WEO ( World Energy Outlook) duquel nous avons extrait les données actualisées sur les coûts de production par filières du secteur électrique:

- Nucléaire: 56 euro/MWh

- CCGT ( Combined Cycle Gas Turbine) : 57 euro/MWh ( moyenne 2010/2011)

- Eolien offshore: 102 euro/MWh

- Eolien terrestre: 73 euro/MWh

- Photovoltaïque: 150 euro/MWh

- Charbon: 63 euro/MWh

Il s’agit de coûts moyens mondiaux bien entendu.

L’hydraulique reste de très loin l’électricité la moins chère, mais sa capacité de production est limitée.

Pour la cas particulier de la France, rappelons que la Cour des Comptes a retenu 60 euro/MWh environ pour l’électronucléaire national, ce qui est très peu différent des chiffre de l’IEA ( 7%).

Donc rien ne permet d’affirmer qu’une centrale nucléaire produit moins cher qu’une centrale à gaz moderne.

Encore un mythe démythifié.

Il reste en faveur du nucléaire quelques arguments:

- L’absence d’émission de gaz à effet de serre.

- Un coût de production très inférieur à celui des énergies éolienne et photovoltaïque.

- Une production continue sans intermittence.

- Des capacités de production de base considérables par rapport aux énergies renouvelables « classiques » .

- L’utilisation d’une source d’énergie indépendante du pétrole, du Gaz ou du charbon.

- La perspective d’une évolution technologique vers la surgénération et le traitement des déchets de haute activité.

Nous avons donc sur l’un des plateaux de la balance des « qualités » concrètes et mesurables; sur l’autre plateau nous avons des risques (Accidents nucléaires, dissémination, pollution à long terme) qui se mesurent en termes de probabilités.

D’un côté des certitudes, de l’autre des probabilités.

Aujourd’hui les certitudes de gain semblent l’emporter sur les probabilités de désastre.

Qui peut dire de quoi demain sera fait ?

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