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24 septembre 2014 3 24 /09 /septembre /2014 19:10

24 Août 2014

Que l’on décide de sortir du nucléaire ou d’y rester, les centrales existantes devront un jour ou l’autre être démantelées ( déconstruites jusqu’au niveau de l’herbe et stockage des déchets).

Ce problème du démantèlement dépasse le clivage habituel pour ou contre cette technologie, qui devient contingent devant l’énormité de l’entreprise à laquelle nos enfants et petits enfants seront conviés quoi qu’il arrive.

Le parc français actuel comprend 58 réacteurs en activité dont la date de mise en exploitation commerciale s’étend de 1977 à 2002. La durée d’exploitation avait été fixée initialement à 40 ans, ce qui entraînerait le calendrier d’arrêt définitif suivant:

5 entre 2017 et 2020

23 entre 2021 et 2025

20 entre 2026 et 2030

6 entre 2031 et 2035

4 entre 2036 et 2042

Ces échéances marquent le début des démantèlements, dont chacun peut durer entre une et deux décennies, voire davantage car chaque cas est particulier et l’expérience manque pour une évaluation juste.

Le programme de démantèlement mobilisera des sommes énormes sans retour sur investissement sinon l’acquisition d’un savoir-faire éventuellement valorisable au plan international.

Les opérations de démantèlement s’étendraient donc de 2017 à au moins 2060, dans l’hypothèse d’une sortie progressive du nucléaire. Il est évident que si la durée d’exploitation des centrales est prolongée de 10 ans, ce calendrier est à décaler de dix ans.

Cette opération est donc le cadeau empoisonné que nous laisserons en héritage à nos descendants, enfants, petits-enfants, arrière petits-enfants.

Dans l’hypothèse d’une poursuite du nucléaire, le démantèlement deviendrait alors une activité permanente s’étendant sur le prochain siècle et probablement au-delà.

A ce programme il faut bien sûr ajouter le démantèlement des installations anciennes actuellement arrêtées et « en cours » de déconstruction.

Il s’agit de 13 réacteurs de technologies diverses, la moitié d’entre eux d’une puissance comprise entre 500 et 1200 MWe. ( Chinon, St Laurent des eaux, Brennilis, le Bugey, Chooz, Marcoule ) Les autre sont de petites tailles, voire expérimentaux.

Un démantèlement se définit en trois niveaux:

Niveau 1:

Arrêt du réacteur et décharge du combustible. Opération couramment effectuée tous les dix-huit mois sur chaque réacteur pour changer une partie du combustible. Ne concerne donc pas le démantèlement proprement dit.

Niveau 2:

Déconstruction des bâtiments à l’exception de l’enceinte de confinement. Ne concerne que des matériaux non ou faiblement radioactifs.

Niveau 3:

Déconstruction de l’enceinte de confinement et du réacteur lui-même, et retour à l’herbe. C’est le cœur du sujet, là se trouvent les matériaux hautement radioactifs et de durée de vie très longue.

A ce niveau 3 il faut ajouter un niveau 4, qui concerne le stockage des déchets générés par le démantèlement de niveau 3.

Les niveaux 1 et 2, sont les moins problématiques et génèrent des déchets peu radioactifs, voire pas du tout. Il est évident que le véritable démantèlement commence au niveau 3. Aujourd’hui, aucun des 13 réacteurs arrêtés n’a encore atteint le niveau 3 car les démantèlements sont menés sans hâte excessive, on pourrait même dire en traînant les pieds.

L’une des raisons de ce manque d’empressement est l’absence de solution de stockage des déchets de haute activité sur des temps géologiques. ( Impossibilité d’exécuter le niveau 4). L’expérience du démantèlement fait défaut, d’autant plus que ces vieux réacteurs sont de technologies différentes de celles des réacteurs en activité, leur déconstruction n’apportera donc pas beaucoup d’informations utiles pour la suite.

Les autres pays sont dans la même situation.

Or tout cela est d’une importance primordiale pour l’évaluation du coût de ce fameux démantèlement, coût qui pèsera sur nos descendants.

Si le coût de la construction et le coût d’exploitation d’une installation nucléaire sont parfaitement connus (au moins des exploitants sinon du public), les coûts du démantèlement et du traitement et stockage des déchets sont parfaitement inconnus à ce jour. Pas plus que le montant des indemnisations à verser aux victimes d’une éventuelle catastrophe.

Ce n’est pas l’auteur de ces lignes qui l’affirme, mais bien la CNEF dans le compte-rendu N°32 de la réunion du 2 Avril 2014 de la Commission d’enquête relative aux coûts passés, présents et futurs de la filière nucléaire.

La CNEF est la Commission Nationale d’Evaluation du Financement des charges de démantèlement des INB (Installations Nucléaires de Base) et de gestion des combustibles usés et des déchets radioactifs.

Conscients de la charge que nous décidons de faire peser sur nos descendants, la moindre des choses est de prévoir les provisions suffisantes pour leur permettre d’y faire face. La CNEF est chargée entre autres de vérifier que les sommes provisionnées sont suffisantes, convenablement actualisées, qu’elles prennent en compte toutes les charges futures liées à la dénucléarisation, et qu’elles sont convenablement sécurisées.

Par convention les provisions sont à la charge des exploitants ( C’est curieux mais c’est ainsi), et les évaluations actuelles citées dans le document indiqué étaient de 38,3 Milliards à la fin 2013. Chiffre que l’on peut qualifier de fantaisiste eu égard à l’ignorance du coût réel d’opérations qui n’ont jamais encore été réalisées à ce jour, nous parlons du niveau 3 du démantèlement et du stockage réversible à long terme des déchets ( niveau 4).

A cette incertitude il faut ajouter celle du retrait ou non du nucléaire, dont dépendra très largement le coût des démantèlements-stockage.

Comme il est rappelé dans le rapport cité, les centrales nucléaires d’aujourd’hui ont coûté cher, mais au moins elles fournissent de l’électricité ! Alors que dans l’avenir, si le nucléaire est arrêté, nos descendants auront à supporter des dépenses colossales de démantèlement sans avoir en retour une rentabilité quelconque. Ils paieront pour l’électricité que nous aurons consommée !

Ceux qui trouvent normal d’avoir aujourd’hui un KWh à 12 centimes doivent comprendre que c’est grâce au report du coût réel sur nos descendants, du jamais vu dans l’Histoire !

Il est donc de notre responsabilité morale de laisser à nos petits-enfants de quoi traiter et neutraliser nos ordures. La tentation est grande de sous-évaluer le montant du désastre financier, car les provisions devront être imputées sur le tarif actuel de l’énergie.

Dans le document de référence d’EDF, cité dans le rapport du CNEF, on trouve les éléments suivants:

« Les provisions constituées par le Groupe ( EDF) pour les opérations de traitement du combustible usé et pour la gestion à long terme des déchets pourraient s’avérer insuffisantes… La déconstruction du parc nucléaire existant pourrait présenter des difficultés qui ne sont pas envisagées aujourd’hui ou s’avérer sensiblement plus coûteuses que ce qui est aujourd’hui prévu… Les actifs dédiés constitués par le Groupe pour couvrir les coûts de ses engagements de long terme dans le nucléaire ( déchets radioactifs et déconstruction) pourraient s’avérer insuffisants et entraîner des décaissements supplémentaires. »

Le rapport du CNEF ajoute:

« A-t-on bien évalué le taux d’actualisation et les provisions à faire ? Ces provisions sont-elles sécurisées ? . »

Il apparaît ainsi que ce problème de financement du démantèlement- stockage est en danger d’être largement sous-évalué, et donc de constituer une charge financière très lourde pour nos descendants, charge qui viendra s’ajouter à la dette publique dont la tendance est toujours à la hausse. ( La dette publique de la France, 2 000 Milliards aujourd’hui, s’accroît régulièrement de 100 Milliards par an et de 4,5 points de PIB/an depuis 2007).

Nos descendants sont donc condamnés à la triple peine:

- Une dette publique colossale qu’ils devront supporter pour éviter le défaut de l’Etat.

- Des dépenses tout aussi colossales pour assurer le démantèlement d’installations devenues non productives, et la gestion des déchets résultant de quarante ans de pratiques irresponsables.

- Des travaux de mitigation des conséquences du réchauffement climatique lié à nos pratiques énergétiques insouciantes.

Craignons qu’ils ne s’avisent de nous demander des comptes ou pire, que le démantèlement soit négligé faute de moyens financiers.

Un démantèlement négligé conduirait à terme à une situation dramatique: Sous l’effet des dégradations dues au vieillissement, à l’érosion, à l’oxydation, au lessivage par les pluies, au gel, la pollution radioactive s’étendrait à des zones de plus en plus larges, aux nappes phréatiques, aux cours d’eau, jusqu’à l’océan. Notre pays deviendrait alors une poubelle nucléaire en partie inhabitable.

Que ce triste scénario risque de se produire dans deux ou trois siècles n’enlève rien à notre responsabilité immédiate qui demeure en premier lieu d’assurer la pérennité de notre espèce et son développement harmonieux.

Mais que pèse la morale en face de la cotation du CAC 40 ?

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