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30 avril 2014 3 30 /04 /avril /2014 03:34

30 Avril 2014

La transition énergétique, dont les médias font leurs choux gras, est une arlésienne dont on parle beaucoup mais qui n’arrive jamais.

Il faut dire que l’affaire est des plus embrouillées et vouloir s’en saisir revient à tenter de tenir en main une savonnette mouillée.

L’approche du problème suscite la perplexité tant sont variés les aspects de la chose selon l’éclairage adopté. L’un nous explique qu’il est urgent de sortir du nucléaire, tandis que l’autre nous exhorte à réduire les émissions de CO2. Souvent le même d’ailleurs. Un troisième prêche pour l’interdiction des gaz de schiste tandis qu’un quatrième nous rappelle que la combustion du charbon émet deux fois plus de CO2 que le gaz naturel. L’économiste insiste sur la nécessité de réduire le déficit du commerce extérieur, le politique veut privilégier la recherche de l’indépendance énergétique, l’écologiste veut nous mettre à la diète. Quant au consommateur, il veut des énergies vertes mais refuse catégoriquement toute augmentation des tarifs. Le beurre et l’argent du beurre.

Une discussion entre les différentes parties prenantes évoque un concile de faux-culs plutôt qu’une assemblée de sages mettant en commun leurs savoirs pour sauver la Planète.

Au retour des grand’messes périodiques sur l’environnement et le climat, les chefs d’Etats s’empressent de retourner aux affaires courantes sans plus de souci de préservation de ceci ou de réduction de cela. Les objectifs indiqués pour 2020, 2050 et 2100 voire au-delà pour les plus audacieux se télescopent dans le plus grand désordre. Les uns voient l’urgence électorale de 2017, les autres pensent à leurs petits-enfants, et le financier se demande comment il va s’y prendre pour tirer le meilleur parti possible de cette cacophonie et rouler tout le monde.

L’honnête homme, si toutefois l’espèce n’est pas éteinte, peine à distinguer ne serait-ce que deux ou trois éléments cohérents qui lui permettraient de construire son opinion sur des bases saines au cas, fort improbable, où « On » lui demanderait son avis un jour. Parmi les éléments qui surnagent au-dessus du torrent d’exhortations, d’idées reçues, de fausses nouvelles, de menaces, de prêchi-prêcha et d’imprécations, on peut tenter de recenser quelques points significatifs qui peuvent contribuer à l’établissement d’un état des lieux relativement proche de la réalité, ou d’une réalité.

Tentons l’exercice:

Point No 1:

Les catastrophes climatiques imputées à l’excès du CO2 anthropique sont des prévisions. Bien qu’elles émanent de l’élite des scientifiques « intéressés » à la climatologie, elles n’en demeurent pas moins des prévisions, et qui plus est des prévisions fondées sur des résultats délivrés par des modèles informatiques dont la validation est impossible, et pour cause…

Toutes choses qui ne vont pas sans susciter une certaine méfiance qui explique peut-être le peu d’enthousiasme envers une transition énergétique dont l’impérieuse et urgente nécessité n’apparaît pas immédiatement.

Non pas que le changement climatique annoncé soit mis en doute, il faudrait pour cela les « anti prévisions » d’un « anti GIEC » qui n’existent ni l’un ni l’autre, mais l’idée s’est répandue que la catastrophe est désormais inéluctable et que « de toutes façons le mal est déjà fait », ce qui n’est pas tout à fait faux.

On en retire l’impression générale que si les énergies vertes bénéficient effectivement d’un préjugé favorable, il n’est peut-être pas absolument urgent de jeter immédiatement aux orties les énergies fossiles, qui ont encore le mérite d’être disponibles en quantité et à bas coût.

C’est du moins ce qui ressort de l’examen des comportements de la majorité des pays. On peut le regretter, mais hélas sans pouvoir y faire grand’chose.

Point No 2:

Aucune politique énergétique contraignante ne saurait être imposée au plan mondial sans une autorité planétaire reconnue et dotée des moyens de faire appliquer ses décisions. Inutile de préciser qu’une telle autorité n’existe pas, et qu’elle n’est souhaitée par personne pour des raisons évidentes de risques de dérive.

Le pouvoir et la vertu n’ont jamais fait de bons couples.

Faute d’une telle autorité planétaire effective, les organisations internationales tentent d’obtenir des pays adhérents le respect d’objectifs minimalistes proclamés, qui ne sont en fait que des vœux pieux dont l’application est généralement reportée à une date indéterminée, pour ne pas dire à la saint glin-glin.

Point No 3:

Ce laxisme consensuel, encouragé par la demande mondiale croissante et incontrôlable d’énergie, permet d’affirmer que les réserves d’énergies fossiles seront bel et bien consommées jusqu’à la dernière goutte et même au-delà si l’on songe aux hydrocarbures de roche mère, et à d’éventuelles sources abiotiques, et accompagnées bien sûr des émissions correspondantes de CO2.

Point No 4:

Si après cela il restait malgré tout encore une éventuelle volonté planétaire de limiter le taux de croissance du CO2 atmosphérique, le seul moyen envisageable serait alors de mettre en œuvre sans délai des procédés pour son élimination « in situ » .

Des études de procédés de capture et séquestration du Carbone (CSC) à la source ont été financés, mais sont demeurées au stade de l’expérimentation. On n’en parle quasiment plus dans les médias.

D’autres procédés ont été évoqués, comme la transformation du CO2 atmosphérique en hydrocarbures à Carbone recyclable grâce à l’Hydrogène produit par l’électrolyse de l’eau avec l’électricité des énergies vertes ( Oui, c’est un peu tordu mais parfaitement faisable). Ou encore sa transformation par carbonatation ou photosynthèse.

Tous ces procédés sont restés dans les cartons à cause du coût trop élevé dans le contexte actuel. Seules des mesures de taxation dissuasives sur les énergies fossiles pourraient entraîner leur mise en œuvre, lesquelles mesures devraient être décidées par ceux-là même qu’elles contraindraient. Cherchez l’erreur.

Il faut souligner quand même que par ailleurs des mesures positives ont été constatées, qui portent d’une part sur l’amélioration de l’efficacité énergétique des procédés, et d’autre part sur les économies d’énergie en général, ce qui aura pour effet d’étaler dans le temps les quantités de CO2 émises, sans pour autant les supprimer.

Point No 5:

Compte tenu de ce qui précède, on peut déduire que des efforts massifs vers les énergies propres et durables, qui ne seraient consentis que par une minorité de Pays, n’auraient qu’un effet insignifiant sur le taux de CO2 atmosphérique planétaire, puisque les autres pays ne changeraient rien à leurs habitudes.

Cet effort devrait alors être entrepris en fonction d’autres objectifs que la réduction du CO2. On pense par exemple à la recherche d’indépendance énergétique, à la création d’une activité industrielle nouvelle pour relancer une économie chancelante, à l’acquisition d’une compétence utile à l’exportation, etc…

Ce qui relève d’une autre stratégie que celle de la lutte contre le CO2, avec d’autres moyens et d’autres objectifs technologiques.

Ce que certains pays ont d’ailleurs compris depuis longtemps…

Point No 6:

L’observation de terrain confirme la dichotomie existant entre les bonnes résolutions proclamées au cours des réunions internationales et les comportements locaux de différents pays, motivés par la défense de leurs intérêts nationaux immédiats:

Le Charbon, produit le plus polluant de la Planète et le plus nocif pour l’effet de serre, voit sa consommation augmenter au point de devenir bientôt (vers 2017 selon les experts) la première énergie primaire devant le pétrole, avec des réserves estimées à 150 ans.

La Grande Bretagne envisage l’exploitation de gisements de charbon sous la mer du Nord, par le procédé de gazéification souterraine.

L’Allemagne n’a décidé de sortir du nucléaire que pour mieux replonger dans le charbon.

Et que dire du Japon…

Par ailleurs, la plupart des pays qui en ont la possibilité exploitent leurs réserves de gaz de schiste, augmentant ainsi la quantité de CO2 contre laquelle nous sommes appelés à lutter. Etc…

Face à une telle unanimité dans le mépris des préoccupations environnementales, on ne peut qu’être pessimiste quant aux chances de voir aboutir rapidement et à l’échelon mondial un changement de comportement des Etats en accord avec les recommandations du GIEC.

On peut également croiser les doigts en espérant que les prédictions catastrophiques de cette docte assemblée ne se réaliseront pas.

Point No 7:

Faute de mesures consensuelles contraignantes et économiquement dissuasives, la situation actuelle perdurera jusqu’à la survenue des premières manifestations de pénurie des énergies fossiles.

Cette pénurie impactera plus ou moins les pays selon qu’ils possèdent ou non sur leur territoire des réserves de l’un ou l’autre des produits fossiles.

Les politiques de mitigation seront donc spécifiques de chaque cas.

Tel sous-continent comme l’Amérique du Nord, qui possède à la fois du pétrole, du gaz, du charbon, et du nucléaire, et le reste, peut voir venir sereinement le moment d’investir massivement dans d’autres sources d’énergie.

A l’opposé, tel pays comme la France, qui ne possède aucune réserve de produits fossiles et dont l’activité nucléaire civile est menacée d’opprobre, sera directement frappé par la prochaine crise énergétique.

Si la cause de la crise est un début d’assèchement des réserves, c’est le pétrole qui sera touché en premier. Mais une telle crise peut survenir avant l’épuisement des sources, par l’accroissement de la demande des pays émergents qui ne pourrait pas être satisfaite par une production plafonnant à son niveau actuel, ce qui évidemment pèserait sur les cours . Cette crise peut être également être provoquée par des problèmes géopolitiques qui seraient suivis de perturbations des approvisionnements. On pense notamment au Gaz naturel.

Bien sûr tout cela est pris en compte par les autorités responsables, qui tentent de minimiser les risques en diversifiant les sources et en développant le transport maritime du GPL. Il n’en demeure pas moins que la vulnérabilité est grande dans le cas d’une dépendance totale, comme c’est le cas de la France, qui de plus ne peut éviter de consentir à certains compromis avec des pays à la gouvernance pas toujours respectable.

Dans un tel cas, il est impératif de se donner rapidement les moyens de recourir aux énergies renouvelables pour éviter de retomber dans une autre dépendance, technologique cette fois, lorsque le moment sera venu de produire.

Point No 8:

L’économie mondialisée nous a enseigné qu’il ne suffit pas d’être le meilleur dans la recherche de techniques et de produits nouveaux, il faut également être capables de les fabriquer à un coût compétitif et de les vendre sous peine d’en rester au stade des expérimentations brillantes mais stériles économiquement et fort coûteuses en frais d’études.

Personne n’a oublié le fiasco des panneaux photovoltaïques, technique dans laquelle la France était pourtant pionnière dans la recherche et le développement.

Et que penser de la vente probable à l’étranger de la branche énergie de ALSTOM, à la veille d’entreprendre la construction de notre premier parc éolien offshore pour lequel cette entreprise a été retenue avec EDF ?

Point No 9:

L’Union Européenne a été édifiée entre autres pour mener à bien des projets communs d’ampleur internationale, susceptibles de donner à la Communauté une dimension lui permettant de rivaliser sur le marché mondial avec les plus grandes entreprises. La transition énergétique exige une stratégie européenne pour pousser dans le même sens la charrette du progrès et se donner une chance de figurer sur la scène internationale.

Cela fut fait en son temps pour l’aviation et le spatial.

Rien de tel n’est fait aujourd’hui en matière d’énergie, ce qui laisse planer un doute sur l’importance accordée à la transition par les dirigeants de la Communauté, suscitant le scepticisme des citoyens qui se demandent à quelle sauce on veut les manger.

Point No 10:

Le cas particulier de la France, directement concernée par une crise énergétique comme nous l’avons rappelé, est révélateur de la confusion qui règne au sujet de la transition, y compris chez les dirigeants.

La nouvelle stratégie énergétique, promise pour fin 2012, n’est toujours pas connue ( du moins pas annoncée) deux ans après le renouvellement de l’équipe gouvernementale.

Ces atermoiements ne sont pas la meilleure façon d’obtenir l’adhésion des citoyens à une politique d’investissements qui leur coûtera nécessairement des efforts financiers dont ils aimeraient bien qu’ils soient efficaces pour la prochaine génération. Ce qui est loin d’être évident aujourd’hui.

Point No 11:

Les énergies vertes concernent au premier chef la production d’électricité. En France celle-ci dépend à 75% du Nucléaire.

Aucune stratégie de développement des nouvelles énergies ne peut être définie sans décision préalable de maintien ou de retrait du Nucléaire civil.

La probable annonce de fermeture de vingt réacteurs d’ici 2020 ou 2030 ne concerne en rien la politique nucléaire puisqu’il s’agit de réacteurs qui arriveront en fin de vie, et devront être fermés règlementairement à cette époque.

D’autre part, l’annonce de la réduction à 50% de la part du Nucléaire dans la production d’électricité française à telle date est dépourvue de sens si l’on ne précise pas quelle sera la production estimée à cette date.

La seule décision significative d’une stratégie concerne le programme EPR et la quatrième génération de réacteurs.

Faut-il rappeler que cette décision est toujours attendue…

Point No 12:

En guise de conclusion provisoire.

Des éléments de réflexion, il en existe donc, mais sont-ils de nature à dissiper la perplexité de notre honnête homme, on peut en douter. Les énergies fossiles sont clairement devenues le sang de notre société. Il semble que remplacer ce sang, même impur, par un ersatz de provenance incertaine et intermittente, ne soulève pas l’enthousiasme tant il est reconnu que toute transfusion comporte des risques parfois mortels. Il faut donc en prendre son parti, le recours à la transfusion sera retardé le plus possible. Il nous reste à espérer que l’opération sera décidée avant que le malade ne soit à l’article de la mort…

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