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2 avril 2014 3 02 /04 /avril /2014 18:55

2 Avril 2014

L’électrochoc de l’annonce du réchauffement climatique, suivi de la réplique de Fukushima, a conduit à la double condamnation des énergies fossiles et nucléaire par les tribunaux populaires largement relayés par les médias. Les plus hautes instances de la mouvance écologique s’indignent de constater que les accusés fossiles et nucléaire sont toujours en liberté malgré leur condamnation par les défenseurs autoproclamés de l’environnement.

Les autorités légitimes, qui ont en charge la bonne marche du pays, ne fonctionnent pas selon ces principe expéditifs. Une éventuelle condamnation n’est prononcée qu’à l’issue d’un procès au cours duquel l’accusé peut faire appel à un ou plusieurs avocats qui feront valoir les arguments de défense, feront entendre des témoins à décharge, exigeront des expertises, et parfois obtiendront un non-lieu, voire même un acquittement.

Sur le fond, les deux parties sont d’accord:

Oui, il faut prendre au sérieux la menace climatique et les risques avérés du nucléaire.

Oui, il faut préparer dès maintenant le remplacement des sources fossiles d’énergie dont les réserves manifestent des signes d’épuisement prochain.

C’est sur la forme que les méthodes divergent.

Il faut dire que cette affaire de transition énergétique n’est pas simple, loin s’en faut. De quoi parle-t-on exactement ?

Les débats publics sont englués dans un amalgame de trois problèmes différents malencontreusement confondus, alors que chacun relève d’un traitement spécifique:

L’épuisement des ressources fossiles, le réchauffement climatique, et le retrait ou non du nucléaire.

Concernant l’épuisement des énergies fossiles, il s’avère que l’urgence n’est pas immédiate, et n’est pas la même selon que l’on parle du pétrole, du Gaz naturel ou du Charbon.

Pour le pétrole, la situation est estimée gérable jusqu’en 2050 selon les experts. Il est donc peu probable d’assister à une révolution généralisée d’ici là. Les Etats se préparent cependant à la survenue de la crise qui ne manquera pas de se produire sous forme d’abord d’une forte tension sur les prix. Les stratégies diffèrent selon que le pays possède ou non des ressources pétrolières sur son sol.

La France, qui doit importer la totalité de son pétrole doit, dans les délais les plus courts, réduire sa vulnérabilité financière et stratégique. Pour cela trois actions sont déjà entreprises: Diversification des sources d’approvisionnement, amélioration de l’efficacité énergétique pour réduire la consommation et transfert vers le Gaz naturel moins immédiatement menacé.

Le développement de la voiture électrique, le projet de voiture à 2 litres aux cent kms, l’élimination progressive du chauffage au fuel, sont des exemples de cette stratégie.

Pour le Gaz Naturel, les mêmes causes entraînent les mêmes effets, mais avec davantage de marge de manœuvre puisque les réserves sont estimées beaucoup plus abondantes que pour le pétrole, et de plus elles sont augmentées du Gaz de schiste récemment mis en exploitation dans certains pays.

La France doit également importer la totalité de son Gaz, sa stratégie est donc encore la diversification des sources et la politique de réduction des gaspillages, principalement sur l’isolation thermique des bâtiments.

Les usagers sont directement porteurs de cette stratégie, par leur décision d’investir ou non dans les économies d’énergie en isolant leur logement, en remplaçant leur vieille chaudière, en achetant un véhicule électrique.

Le consommateur devra fournir un effort financier considérable pour réaliser ces objectifs. On parle de plusieurs centaines de Milliards. Il faudra aussi accepter une augmentation sensible du prix de l’énergie de réseaux.

Dans les débats sur la crise de l’énergie cette responsabilité du consommateur est rarement prise en compte, plus généralement c’est le rôle de l’Etat qui est mis en avant, alors qu’en ce domaine il est surtout incitateur par des campagnes d’information, des incitations fiscales, des règlementations, voire même par une tarification progressive de l’énergie.

Les industriels ont aussi leur rôle à jouer en améliorant l’efficacité énergétique des installations notamment en développant la cogénération.

On sait par ailleurs que de grandes économies sont possibles en rationalisant la gestion des transports routiers, mais ceci est une autre histoire.

Les gaz de schiste et le Charbon et sont un autre problème.

Le Gouvernement Français a interdit non pas l’exploitation des Gaz de schiste, mais la fracturation hydraulique. Cette formulation sibylline sous entend que l’exploitation « pourrait » être autorisée avec une autre méthode moins polluante. En l’occurrence, la décision, quelle qu’elle soit, sera politique et dépendra du poids du mouvement écologiste et de son soutien par la population.

Quant au Charbon, il joue un rôle ambigu: Ses diverses variétés sont très abondantes et accessibles un peu partout dans le monde, son exploitation est peu onéreuse et on peut le transformer en carburant liquide ou en Gaz.

Il est de plus en plus utilisé, les experts estiment qu’il est en passe de devenir la première source d’énergie primaire dans le monde. La Chine et l’Inde sont les principaux acteur de cette croissance.

En Allemagne il participe pour 40% à la production d’électricité en 2013.

La France n’exploite pas de Charbon sur son sol, et elle en consomme très peu.

Cette brève revue du problème de l’épuisement des sources fossiles est donc pris en compte par chaque Etat selon ses propres contraintes. Une stratégie de transition énergétique devra comporter un volet sur le traitement qui sera réservé aux énergies fossiles, notamment sur une éventuelle taxation progressive, voire même sur des quotas. Faute de quoi le consommateur n’aura aucun intérêt à s’orienter vers les énergies nouvelles s’il constate que l’Etat n’a pas l’intention de surtaxer les fossiles ou à tout le moins de règlementer leur usage.

Le réchauffement climatique est un autre problème, en connexion avec le précédent, mais avec des spécificités différentes. Dès 1990 le GIEC a présenté des résultats qui mettent en évidence un réchauffement de l’Atmosphère coïncidant avec les débuts de l’ère industrielle.

Les différents rapports de cet organisme attribuent ce réchauffement à l’augmentation du taux de concentration en CO2 atmosphérique, par le mécanisme de l’effet de serre.

Sur la base de modèles informatiques divers les climatologues ont calculé la relation entre l’augmentation probable de la température d’ici la fin du siècle et l’augmentation du taux de CO2. Les résultats montrent que si le taux de CO2 continue d’augmenter au rythme actuel, la température moyenne de l’Atmosphère augmentera de plusieurs degrés, 4 à 6 degrés selon les modèles d’ici 2100.

D’autres modèles informatiques ont montré qu’au-delà d’une augmentation de 2 degrés la situation ne serait plus gérable dans certaines régions du globe.

A ce stade il faut préciser que les conclusions du GIEC et ses méthodes de travail sont contestées par une fraction non négligeable de la communauté scientifique. Cette fraction, bien que violemment dénigrée par les laudateurs du GIEC, ne laisse pas indifférents certains décideurs soucieux de ne pas prendre des vessies pour des lanternes.

Nous ne portons aucun jugement sur ce conflit, mais il est important de savoir qu’il existe.

La responsabilité de l’Homme dans ce réchauffement climatique a été proclamée par le GIEC et officiellement reconnue par les Etats. ( Nous ne connaissons pas leur position officieuse). Parmi les diverses causes désignées, la principale est l’utilisation des énergies fossiles, émettrices de CO2.

D’autres causes existent, beaucoup moins médiatisées, comme la déforestation, ou la pollution de la couverture neigeuse.

Nous sommes donc priés de réduire drastiquement nos émissions de CO2 sous peine d’avoir à subir les conséquences d’une augmentation de température incontrôlable.

Il y a plusieurs façons de réduire ces émissions:

- Cesser de consommer des énergies fossiles.

Il n’existe aucune instance mondiale capable de décider de mettre fin à l’exploitation des énergies fossiles, et ayant les pouvoirs de faire exécuter la décision. Chaque Etat reste libre de définir sa propre politique de l’énergie en fonction généralement de critères économiques et se ses possibilités de remplacer les fossiles par autre chose.

- Réduire notre consommation pour étaler dans le temps les émissions de CO2 et ainsi faire baisser le gradient du taux de concentration. C’est la méthode que tentent d’appliquer certains Etats, sans grand succès jusqu’à présent ( voir taux de croissance de la consommation mondiale).

- faire disparaître le CO2 émis d’une manière ou d’une autre. Des procédés de capture et séquestration du Carbone sont expérimentés ici et là, mais sans grande conviction à cause des prix de revient et des difficultés de mise en œuvre, parmi lesquelles l’acceptabilité par les populations n’est pas la moindre. ( Ceux qui refusent l’exploitation des gaz de schiste sont en toute logique les mêmes qui refusent l’injection de CO2 dans le sous-sol). On a bien tenté de forcer la main des émetteurs de CO2 en instaurant une taxe carbone, mais ses effets ne sont pas spectaculaires.

Il semble donc que les appels à la réduction du taux de CO2 ne soulèvent pas l’enthousiasme.

En tous cas, les avertissements solennels du GIEC ne troublent pas un seul instant les Etats qui exploitent avec allégresse le Charbon et les Gaz de schiste.

L’un de ces Etats, voisin de la France, ne nous est-il pas offert en exemple de réussite industrielle par notre propre Gouvernement ?

Si les experts du GIEC ne se sont pas trompés nous aurons donc vraisemblablement à gérer une augmentation significative de la température, les deux degrés seront dépassés dans certaines régions de la planète.

Les uns en pâtiront, d’autres verront leur situation s’améliorer.

Certains responsables dirigeants suggèrent qu’il serait plus sage de s’occuper dès maintenant à se préparer à gérer l’augmentation de température, désormais inévitable, plutôt que de se battre contre des moulins à vent ( ou avec…).

Le dernier rapport du GIEC ne leur donne pas tort…

Le troisième problème du débat sur l’énergie concerne le retrait ou non du Nucléaire civil. Tout a été dit sur cette affaire, y compris sur ce modeste blog.

Il s’avère impossible de dépassionner le débat, c’est désormais un problème de rapports de forces au sein de la société, et même au sein du Gouvernement ! L’avenir de cette filière dépendra de la force de persuasion, et de la force tout court, des groupes qui vont s’affronter au cours de la prochaine décennie. Il n’y a pas seulement d’un côté les grands groupes industriels et financiers du lobby nucléaire, et de l’autre les populations unies dans un rejet collectif de l’atome sous la bannière écologiste. Les populations elles-mêmes sont divisées et le résultat d’un éventuel référendum n’est pas connu d’avance.

En France, l’avenir des énergies nouvelles reste suspendu à la décision de l’Etat sur le nucléaire civil.

Le paysage énergétique mondial apparaît donc aujourd’hui confortablement installé sur le socle pétrole - Gaz naturel - Charbon, sans réelle perspective de changement significatif avant plusieurs décennies.

Même le nucléaire civil maintient ses positions après les secousses de Fukushima. (selon les indications de l’AIEA et de la World Nuclear Association il y aurait dans le monde 60 réacteurs en construction, 155 réacteurs programmés, et 338 réacteurs envisagés).

C’est dans ce contexte que les énergies nouvelles tentent de se faire une place.

On sait aujourd’hui extraire de l’énergie du Soleil, du vent, des cours d’eau, des marées, de la houle, des profondeurs de la Terre, de la biomasse, des algues, des végétaux. Ce sont des technologies en phase d’apprentissage, donc avec des prix de revient élevés qui ne baisseront qu’avec des productions de volume.

Les produits qu’elles proposent sont techniquement équivalents à ceux qui sont fournis à bas coût par les fournisseurs déjà en place avec les fossiles, c’est-à-dire des kWh pour l’électricité, et des Mtep pour le Biogaz et les Biocarburants.

Pour entrer sur ce marché de réseau, avec un produit identique mais plus cher que la concurrence, ils leur faut présenter un avantage décisif.

Il se trouve que plusieurs avantages peuvent être revendiqués:

- Les réserves sont illimitées.

- Ce sont des énergies décarbonées ou à carbone recyclable.

- les produits énergétiques de base sont gratuits ( le vent et le Soleil).

- Ces produits sont disponibles partout.

- Leur usage procure l’indépendance énergétique.

- Leur mise en œuvre est simple et ne nécessite aucune installation complexe (comme une centrale nucléaire ou une raffinerie).

- Cette mise en œuvre n’entraîne aucune pollution de l’environnement ou du sous-sol ( comme les gaz de schiste).

- Leur diversité permet d’obtenir de l’électricité, du gaz, ou du carburant liquide.

En dépit de cette accumulation de qualités, qui apportent des solutions à tous les problèmes des énergies fossiles et nucléaire, les énergies nouvelles ne réussissent pas spontanément à déloger les fossiles.

A cela on peut identifier plusieurs causes:

- En premier lieu il y a l’intermittence du Solaire et de l’Eolien, incompatible avec la fourniture d’un réseau qui ne peut se satisfaire d’une énergie sporadique. Or l’électricité ne se stocke pas. La compensation d’intermittence ne peut alors être obtenue qu’avec des centrales thermiques en relève ! Cet inconvénient, très largement sous estimé, suffit en lui-même à justifier le peu d’intérêt pour ce genre de « pseudo-solution », sinon à titre d’expérimentation pour la mise au point d’une filière industrielle, ou pour des applications autonomes locales hors réseau, pouvant disposer d’un petit stockage local de l’électricité.

- En second lieu et selon les études de l’ADEME, la méthanisation de la biomasse ne suffira pas, et de très loin, à fournir les besoins, même après restriction. Quel gaz utiliserons-nous alors lorsque le gaz naturel fera défaut ?

- En troisième lieu, comme tout produit industriel, l’énergie doit pouvoir se vendre en dégageant une marge sous peine de voir fuir les investisseurs. Les prix de revient des énergies nouvelles étant supérieurs aux prix de marché, ce qui est normal en période d’apprentissage, l’industriel doit recevoir une compensation financière de rattrapage. Cette « subvention » est évidemment récupérée par une augmentation du tarif public sous forme de taxe. Le mécanisme ne fonctionne que pour des parts des marché faibles sous peine d’entraîner des hausses de tarif inacceptables par l’effet de la surtaxe de compensation. De plus ce procédé de subvention déguisée est contraire aux règles de la concurrence loyale et ne saurait être généralisé.

- En quatrième lieu, la capacité des énergies nouvelles à remplacer les fossiles à demande égale, n’a pas été démontrée. Les projections réalisées supposent toutes une baisse drastique de la demande, baisse qui se révèle être un vœux pieux eu égard à l’évolution actuelle de la consommation mondiale.

- Enfin, les réseaux de distribution actuels sont établis sur la base de centres de production de masse, alors que les centres de production d’énergies nouvelles seront de puissance moyenne ou faible et surtout seront très nombreux et dispersés, ce qui nécessite un réseau différent. Un réseau conçu pour quelques centre de production continue de 2 000 MW n’a rien à voir avec un réseau devant gérer une multitude de petites installations à production intermittente.

C’est vrai pour l’électricité et pour le gaz.

Et ces nouveaux réseaux devront gérer également les centres de stockage de l’électricité, si toutefois ils existent un jour…

Les énergies nouvelles, dont l’intérêt à long terme ne fait aucun doute, posent donc quelques problèmes économiques et d’infrastructures non encore résolus, qui constituent des obstacles à leur large diffusion en réseaux.

Il serait malhonnête d’ignorer ces problèmes par idéologie mal comprise.

La meilleure des stratégies ne serait-elle pas de commencer par les résoudre ?

- Plutôt que de se battre pour savoir s’il faut investir dans le nucléaire ou l’éolien, ne serait-il pas préférable d’investir dans la rénovation thermique des logements anciens ? Trente millions de logements sont concernés, pour une addition totale de 900 Milliards, qui seraient amortis en vingt ans par les économies d’énergie réalisées.

- Plutôt que de dépenser nos sous à vouloir lancer à toutes forces une voiture électrique pour laquelle il n’existe aucun réseau de rechargement, ne serait-il pas préférable de remettre à niveau notre réseau de transports collectifs dont la grande misère actuelle contraint nos concitoyens à se jeter en masse sur les routes ? (rappelons que nos voitures consomment chaque année près de trente millions de mètres cubes de carburant).

- Plutôt que d’installer à grand frais 1 000 éoliennes qui produiront sporadiquement l’équivalent d’une seule installation thermique à cogénération, et sans aucun moyen de stockage de compensation d’intermittence, ne vaudrait-il pas mieux réaliser d’abord les installations de stockage ? ( Stations marines de pompage-turbinage, ou filière Hydrogène, ou autre).

- Plutôt que d’injecter sur le réseau électrique une production intermittente au risque de planter la régulation de ERDF qui n’est pas prévue pour cela, ne vaudrait-il pas mieux attendre d’avoir quelques moyens de stockage ?

- Plutôt que de chercher à raccorder une production sporadique à une demande désynchronisée, ne serait-il pas préférable de développer le réseau intelligent ( Compteur Linky) pour lisser les pics de consommation afin de réduire la puissance max nécessaire ?

- Etc…

L’installation de quelques éoliennes et panneaux photovoltaïques sont l’arbre qui cache la forêt des obstacles qu’il nous faudra lever avant d’être en mesure de tirer parti de ces belles machines.

En somme la stratégie est très simple: ne pas mettre la charrue avant les bœufs…

Mais pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

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