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3 mars 2014 1 03 /03 /mars /2014 17:45

3 Mars 2014

En France la transition énergétique plonge le Gouvernement dans le plus grand embarras. Tout marchait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles: du pétrole, du Gaz et du Nucléaire en abondance, tout cela suffisait à notre bonheur depuis un demi siècle, et nous avions même de l’Hydraulique et du bois de chauffage, parfaitement renouvelables et suffisamment « verts » pour donner à notre mix énergétique une teinture écolo de bon aloi, car l’écologie était devenue incontournable électoralement.

Les jours difficiles, on pouvait même évoquer l’usine marémotrice de la Rance, voire le chauffage géothermique des immeubles de La Benauge.

Et même certains audacieux n’hésitaient pas à arguer de l’absence d’émission de CO2 des centrales nucléaires pour revendiquer l’étiquette verte en leur faveur.

Et puis les esprits chagrins sont venus jeter le trouble dans ce bel ordonnancement en démontrant la vulnérabilité de ce système énergétique confronté aux assauts conjugués du réchauffement climatique, de l’épuisement programmé des réserves fossiles, y compris de l’Uranium, et de l’évidence du grand pouvoir de nuisance du Nucléaire.

Voici donc sifflée la fin de la récréation.

Un grand concours de peuple, convaincu par les grand-messes du GIEC, exigea des Gouvernements qu’il prissent des engagements solennels sur l’abandon des énergies fossiles à cause de l’effet de serre, et du Nucléaire à cause de Fukushima, ce qui revient à condamner 80% de nos sources d’approvisionnement.

Nous voila donc mis en demeure de changer de cheval au milieu du gué.

L’homo politicus, plus familier de la dialectique politicienne, se retrouva investi du rôle inattendu de grand Industriel auquel il n’était pas préparé, ni par son histoire, ni par ses penchants naturels.

Car enfin, les fonctions régaliennes sont une chose, la politique industrielle en est une autre, pour laquelle des décennies de manœuvres électoralistes ne constituent pas la meilleure des préparations. Même s’il est vrai qu’on a pu voir dans le passé des présidents initialiser qui un programme nucléaire, qui un sous-marin du même métal.

Les temps changent…Les présidents aussi…

Le Président actuel hérite donc de la patate chaude énergétique, dont il se serait bien passé, mais qu’il serait malséant de glisser sous le tapis eu égard aux engagements pris non pas devant les électeurs, ce qui serait sans conséquence, mais devant ses amis écologistes dont les voix demeurent indispensables à la poursuite d’un quinquennat serein et surtout à son possible renouvellement en 2017.

Mais, après réflexion, que le « moins d’Etat » se mue en « plus d’Etat » à la demande du peuple n’est pas pour déplaire à des dirigeants qui ne font pas du libéralisme leur tasse de thé. L’occasion faisant le larron, Il a bien fallu bien se résoudre à mettre les mains dans le cambouis.

Avant toute décision hâtive il était bon d’évaluer la crédibilité des menaces brandies et de mesurer le caractère d’urgence d’une telle révolution industrielle.

Le réchauffement climatique ?

Il serait de 0,6 K depuis 1950, ce qui représente deux millièmes de la température moyenne de la basse Atmosphère, qui est de 288 K.

( Il s’agit évidemment de la valeur absolue de la température, exprimée en Kelvin, et non pas de sa valeur comparée à une référence conventionnelle, Fahrenheit ou Celsius, sans aucune signification thermodynamique).

Deux millièmes de variation sont peut-être significatifs pour un scientifique, mais ne parlent pas à l’oreille d’un politicien, fut-il chef de l’Etat. Et de plus aucune nouvelle augmentation n’a pu être constatée au cours de la dernière décennie, des mauvaises langues prétendent même qu’une légère décroissance serait discernable.

Difficile de convaincre un décideur non scientifique avec des indices aussi ténus de l’imminence d’une catastrophe apocalyptique, peut-être aurait-il fallu choisir un autre critère plus spectaculaire, comme le changement climatique.

Mais comment caractériser un changement climatique, avec quelles unités de mesure ? Comment faire la part d’une éventuelle tendance climatique à long terme et des variations météorologiques pluriannuelles, surtout après nous avoir expliqué qu’il ne faut surtout pas confondre climatologie et météorologie ?

Les dangers du Nucléaires ?

La France possède 60 réacteurs en fonctionnement ( 58 + 2, cherchez bien les deux intrus) et aucun accident majeur ne s’est produit en France depuis les débuts de l’ère du nucléaire civil, c’est-à-dire plus d’un demi siècle.

Un tel résultat plaide en faveur de la fiabilité du procédé et justifie une certaine confiance, surtout quand des intérêts bien compris soutiennent la poule aux œufs d’or.

Tchernobyl et Fukushima ont certes prouvé que le danger potentiel n’est pas imaginaire, mais l’analyse des circonstances a aussi montré l’importance des erreurs humaines dans la genèse de ces catastrophes. Et comme chacun le sait, de telles erreurs sont impensables « chez nous ».

Pour la puissance politique, l’affaire n’est donc pas aussi simple à juger, et du doute méthodique au scepticisme il n’y a souvent que l’épaisseur d’une idéologie.

Faute d’une impossible certitude scientifique on a le choix entre l’évaluation du rapport bénéfices-risques, qui est une tartuferie, ou le principe de précaution, qui consiste à ne rien faire.

Or le décideur Politique n’est pas élu pour ne rien faire.

Reste à jouer la décision aux dés…

L’épuisement des réserves fossiles ?

Oui, elles s’épuiseront bien un jour, mais certainement pas demain matin. Les risques de pénurie à moyen terme résident davantage dans une possible grève des transports ou dans un caprice d’émir plutôt que dans l’épuisement de la ressource.

Comme prévu la hausse des cours du pétrole a eu pour résultat la rentabilité des forages profonds et de l’exploitation de sites autrefois délaissés. Et les gaz de schiste sont venus en rajouter une couche, au grand dam des pourfendeurs du CO2, dont l’absence de poids politique a pu être vérifiée une fois de plus.

Quant au Charbon, ses réserves sont immenses, et elles grandissent à proportion de la hausse des cours de l’énergie. Et comme il est devenu rentable de s’en servir pour fabriquer du carburant liquide, la fin du pétrole n’est plus une menace à court terme.

Voici donc la pénurie de fossiles reportée à une date ultérieure, on parle de la fin du siècle, pour ne pas dire la saint glin-glin.

Sachant que l’horizon d’un homme politique dépasse rarement la durée d’un quinquennat, voire deux, on imagine sans peine le niveau de ses préoccupations concernant un évènement dont l’occurrence n’est pas attendue avant trois générations.

Et le CO2 dans tout çà ?

Il semble bien qu’il n’empêche plus les chefs d’Etat de dormir, en admettant que ce fut le cas dans un passé récent, ce dont nous nous permettons de douter.

En cas de questions embarrassantes ils ont leur Joker: la séquestration du Carbone, sorte d’Arlésienne que personne ne voit jamais mais autour de laquelle se joue une pièce dont nous sommes à la fois les auteurs, les acteurs, et les spectateurs, mais dont le dénouement reste caché.

Qui, ou quoi, sera dans le rôle du deus ex machina ?

De ces considérations, certes un peu abruptes et sommaires, un homme politique peut retirer l’impression, voire la conviction, que les menaces de catastrophes climatique, ou nucléaire, et de pénurie d’approvisionnements ne sont pas tout à fait avérées et en tous cas ne justifient pas d’abandonner un navire qui ma foi flotte encore très bien.

La consistance des menaces n’est certes pas niée, mais il peut être amené à penser que l’urgence de l’application des mesures drastiques de mitigation peut être considérée comme excessive.

En clair donnons du temps au temps, pas de précipitation, et surtout ne nous lançons pas dans des grands travaux dispendieux pour une révolution énergétique susceptible de nous mettre en situation de faiblesse par rapport à d’autres pays qui n’auraient pas les mêmes scrupules.

D’ailleurs, ne voit-on pas de grands pays exploiter les gaz de schiste, et d’autres reprendre l’exploitation du Charbon alors qu’il est la source d’énergie la plus polluante ?

L’apparente unanimité affichée dans les multiples réunions internationales au sujet du climat est contredite par les comportements des Etats participants qui font à peu près le contraire de ce à quoi ils se sont engagés.

Face à cette schizophrénie d’Etat, il est prudent de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Il est donc légitime se s’interroger sur la meilleure façon d’aborder le problème de la transition énergétique avant de lancer tous azimuts de vastes programmes sur des bases incertaines.

Quel planning, pour quels objectifs, dans quel cadre international, et avec quels impacts sur l’économie. Car enfin, la seule certitude sur ce terrain mouvant, c’est la perspective de dépenses colossales d’investissements pour lesquelles nous n’avons pas le premier sou, sauf à augmenter la dette publique et à créer une catastrophe économique pire que l’aléa climatique redouté.

Quant à demander aux industriels et aux investisseurs de mettre la main à la poche, encore faudrait-il qu’ils soient assurés d’un retour raisonnable sur investissement, ce qui est loin d’être le cas sans de confortables subventions.

Par ailleurs, pour la mise en œuvre des énergies nouvelles, beaucoup de problèmes sont encore sans solution, notamment le stockage de masse de l’électricité pour compenser l’intermittence, et l’emprise foncière et paysagère importantes des installations solaires et éoliennes, qui créent des difficulté d’acceptabilité par les populations, au point de compromettre certains choix.

Enfin, le mythe des énergies nouvelles bon marché est un frein au déploiement de cette technologie. Sous prétexte que les énergies solaire et éolienne sont dispensées gratuitement, certains en ont conclu que l’électricité fournie serait quasiment gratuite, ce qui n’a pas manqué de susciter un grand mouvement de sympathie dans le public, qui dès lors se trouve conditionné à associer aux énergies nouvelles une baisse des factures énergétiques.

Les populations ne sont pas prêtes à accepter de payer le surcoût d’une énergie propre et renouvelable, tant que resteront disponibles les anciennes énergies distribuées avec des tarifs publics attractifs. Le système des subventions par des tarifs de rachat irréalistes crée des effets d’aubaine et ne peut être poursuivi que pour des niveaux de pénétration faibles du marché.

L’expansion des énergies nouvelles suppose l’établissement préalable d’un régime de vérité des prix sous peine de contrevenir aux règles européennes de la concurrence qui interdisent les activités industrielles subventionnées. L’usager français n’est pas encore prêt pour cet effort financier, et peut-être n’en a-t-il pas les moyens, tant il est vrai qu’on ne peut pas tondre un œuf…

Face à cette situation pour le moins incertaine, nos Gouvernements successifs ont pris une sage décision: Commençons par économiser l’énergie, voilà au moins une mesure qui sera bénéfique quelle que soit l’évolution du contexte.

Les grands consommateurs étant le Résidentiel-Tertiaire et les Transports, ces domaines font l’objet de toute l’attention de l’Etat qui déploie un arsenal complet de mesures règlementaires, incitatives, ou coercitives.

Les Règlementations Thermiques successives du bâtiment visent à la généralisation de méthodes de construction aboutissant non seulement à réduire drastiquement le « gaspillage » d’ énergie, mais aussi à obtenir un bilan énergétique positif, ce qui est peut-être un peu excessif, mais on ne peut reprocher au législateur son ambition dans ce domaine.

La mise en place progressive du réseau intelligent et le développement de matériels communicants à basse énergie permet déjà d’envisager la gestion interactive des consommations électriques qui permettra de lisser les pics de consommation et d’économiser des moyens de production.

Par ailleurs le contrôle des consommations et la mise en place des tarifications progressives permettra au consommateur de mieux gérer son budget énergie et l’incitera à entreprendre des travaux d’isolation et/ou à remplacer du vieux matériel par des appareils moins énergivores.

La voiture électrique possède un rendement double de celui d’un modèle classique à moteur thermique. Sa généralisation permettrait de diviser par deux la consommation énergétique du secteur.

Et ne parle-t-on pas de quotas énergétiques dans les transports ?

Dans le domaine de la voiture hybride le projet de véhicule consommant deux litres aux cents kilomètres constitue une avancée certaine. Mais ce n’est qu’un projet.

Par ailleurs la promotion du covoiturage et surtout le développement des transports collectifs sont des mesures favorables aux économies d’énergie. Toutes ces actions, déjà lancées pour certaines, sont certes moins spectaculaires que des parcs éoliens offshore, mais tout aussi efficaces. Leurs résultats sur la durée permettra d’évaluer la capacité d’adaptation des usagers et du marché, l’évolution des besoins énergétiques réels sur les prochaines décennies, et d’obtenir une base solide pour définir des actions ciblées pour des choix justifiés.

Cette stratégie de « chasse au gaspi » ne suffit évidemment pas à préparer une transition qui s’imposera à plus ou moins longue échéance.

L’Etat ne doit pas ( ne peut pas) remplacer l’industriel, son rôle est de sélectionner les grands axes, fournir le cadre juridique et règlementaire, nouer des accords internationaux, et encourager les investisseurs à s’approprier ces axes par des mesures incitatives et en leur garantissant la pérennité de la stratégie.

L’autre rôle de l’Etat, à travers ses structures de recherche et ses instituts scientifiques, est de soutenir y compris financièrement les programmes pilotes destinés à valider les choix techniques, développer des filières industrielles et acquérir du savoir-faire.

Jusqu’à présent nous avons vécu dans un contexte d’abondance énergétique, sans réel problème d’approvisionnement, sans limitation de consommation, et avec des prix de base tellement bas qu’il a même été possible de faire de l’énergie importée une source de rentrées fiscales très substantielles.

Quel autre produit que le carburant auto pourrait supporter à la fois la TVA et la CSPE à un taux exorbitant sans provoquer une chute de la demande ?

Nos appétits sans freins nous ont ainsi amenés au niveau remarquable de consommation énergétique finale de 2 000 TWh par an. 80% de cette énergie (1 600 TWh) provient de sources fossiles, incluant le nucléaire, qui devront donc être remplacées par des sources renouvelables décarbonées ou à carbone recyclable, c’est du moins l’esprit de la transition. Pour apprécier le gigantisme de nos appétits, il faut savoir que 1 600 TWh, c’est par exemple la production de 105 000 éoliennes offshore de 6 MW, avec leurs installations de stockage de compensation d’intermittence .

Le rapprochement de ces chiffres montrent qu’à l’évidence chercher à remplacer l’un par l’autre serait une absurdité. Même en répartissant la tâche entre Solaire, Eolien, Hydraulique, Biomasse, Géothermie, l’objectif demeure déraisonnable.

Il apparaît alors que c’est notre façon d’utiliser l’énergie qui doit être refondée sur des bases différentes. Une désintoxication énergétique est indispensable. Elle est un préalable à La construction d’une stratégie de transition.

Mettre la charrue avant les bœufs serait la meilleure façon d’assurer l’échec de la démarche.

Il sera nécessaire d’identifier les besoins afin de définir un mix énergétique capable de les satisfaire: Quels poids respectifs donner à l’éolien, au solaire thermique, au solaire photovoltaïque, à l’hydraulique, à la géothermie, au bois énergie, à la méthanisation des déchets, aux biocarburants, à la filière hydrogène ?

Quelle part attribuer à l’électricité dans le mix ? Avant d’entreprendre les grands travaux de la transition, il serait peut-être utilise de savoir répondre à ces questions…

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