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15 mars 2014 6 15 /03 /mars /2014 10:45

15 Mars 2014

La marche vers les énergies nouvelles se révèle de plus en plus sous son vrai jour, un véritable parcours du combattant semé d’embûches, de fausses pistes, d’impasses, et de retour à la case prison.

L’enthousiasme des écologistes a pu faire croire un moment que la révolution énergétique était à portée de main et que seuls quelques politiciens de droite mal intentionnés et corrompus refusaient au peuple l’accès à un monde plus juste, plus propre et respectueux de l’environnement.

Le changement de majorité a mis en évidence la faiblesse de ce préjugé puisque quasiment deux ans se sont écoulés sans voir la moindre décision concernant une réorientation de notre politique énergétique vers la Terre promise des lendemains radieux et respectueux de l’environnement.

De cette incapacité à agir on peut penser soit que le Gouvernement, quel qu’il soit, est sans pouvoir réel dans le domaine énergétique, soit que le problème est d’une telle complexité qu’il faut y réfléchir à deux fois avant d’y aller à la hussarde au risque d’agir comme un éléphant dans un magasin de porcelaine.

On peut également penser tout simplement que nos décideurs, quelle que soit leur obédience, estiment qu’il n’y a pas le feu au lac, que les choses peuvent aller leur train et que les solutions apparaîtront d’elles-mêmes le moment venu, c’est-à-dire lorsque les tensions sur le marché des énergies fossiles deviendront insupportables, ce qui ne se produira pas avant le milieu du siècle si l’on en croit les spécialistes de la spécialité.

Certains augures prophétisent de grands bouleversements sociaux- économiques en cas de transition énergétique trop brutale et mal maîtrisée. Aux inconvénients d’un changement climatique, éventuellement gérables, viendrait alors s’ajouter une catastrophe économique, une sorte de sur-accident dont les dégâts outrepasseraient ceux occasionnés par un réchauffement de deux ou trois degrés.

Ces considérations, et bien d’autres, expliquent en partie les comportements schizophréniques observés ici et là. Alors que certains tirent à hue en misant sur le tout éolien, d’autres tirent à dia en exploitant les gaz de schiste.

En France le secteur énergétique le plus sensible est l’électricité en raison de son rapport au nucléaire, bénéfique de par son absence d’émissions de CO2, mais maléfique par les risques qu’il fait courir aux populations présentes et futures.

Le remplacement du nucléaire par des énergies propres et durables est considéré comme la première urgence par la mouvance écologiste.

Aujourd’hui nous consommons 480 TWh d’électricité, dont les trois quarts sont d’origine nucléaire.

C’est une quantité d’énergie énorme. Elle représente par exemple la production de 27 000 grosses éoliennes offshore de 6 MW.

On pourrait théoriquement produire cette énergie avec des éoliennes et des panneaux solaires, mais au prix d’une emprise foncière, de problèmes d’acceptabilité et de dégradations de l’environnement tels que le prévisionniste le plus endurci est saisi d’un profond découragement.

Il est donc admis que le remplacement du nucléaire par des renouvelables nécessitera une sérieuse cure de minceur pour ramener notre consommation à un niveau plus raisonnable. Le « raisonnable» en question restant assez vague, comme d’ailleurs l’éventuelle répartition entre énergie de réseau et énergie fabriquée par le particulier ou les petites collectivités.

Dans un futur où la sobriété sera de mise, l’électricité de réseau sera réservée aux applications dites spécifiques.

Notamment seront exclus du réseau électrique le chauffage, la production d’eau chaude sanitaire, et toutes autres applications pouvant être réalisées avec d’autres énergies.

Ces « autres énergies » proposées sont en général le Gaz de réseau, mais également le bois, la Géothermie, le Solaire thermique. L’usager pourra toujours fabriquer lui-même l’électricité supplémentaire dont il estimera avoir besoin, grâce au Solaire photovoltaïque, au petit éolien, ou à tout autre procédé comme une chaudière à cogénération.

Les promoteurs de ce nouveau panorama énergétique ne précisent pas le sort qui sera réservé à la voiture électrique, pourtant présentée comme modèle écologique, tout en étant grosse consommatrice d’électricité.

Cette restriction imposée de la fourniture électrique se traduira par un report de la demande sur le Gaz, à condition bien entendu qu’il existe encore un réseau national de distribution de gaz ! En effet la fin du gaz d’origine fossile pourrait bien se traduire par la disparition du réseau faute de produit à distribuer.

Il y a deux sortes de Gaz:

- Le Gaz dit naturel, produit fossile non renouvelable, disponible sur le marché international pour un coût encore modique. Ce produit est en principe frappé d’ostracisme puisqu’il émet du CO2 et qu’il est non renouvelable.

Nous n’en possédons pas en France, nous en importons l’équivalent de 550 TWh, dont environ 80 TWh fournis pas notre « ex-ami » Vladimir.

Une version moderne de ce gaz naturel est apparue récemment sous le nom d’ « Hydrocarbures de roche mère », ou encore « gaz de schiste » , ou encore « Shale gas » , rebaptisé « Sale gaz » par les mauvaises langues. Ce produit jouit d’une réputation détestable qui le fait rejeter énergiquement pas les écologistes, non sans raisons valables.

- L’autre gaz est le Biogaz, renouvelable et à Carbone recyclable, le seul en odeur de sainteté. Issu de la valorisation des déchets, il est constitué surtout de Méthane.

L’ADEME a fourni en 2013 un rapport d’étude faisant le point des disponibilités futures en Biogaz pour la France. Selon cette étude les ressources mobilisables en 2030 seront de 56 TWh.

Les ressources mobilisables de Biogaz ne sont pas extensibles à l’infini car elles entrent en concurrence avec d’autres productions renouvelables comme les Biocarburants, et sont déjà utilisées en grande partie par l’agriculture pour amender les sols, comme les lisiers. Il ne serait pas acceptable de remplacer ces engrais naturels par des engrais chimiques au prétexte de fabriquer du Biogaz.

Comparée à la consommation de Gaz actuelle de 550 TWh, ce potentiel de 56 TWh met en évidence un hiatus.

Il y a simplement un rapport 10 entre l’offre et la demande.

C’est exactement la mesure de l’effort de sobriété que nous devrons fournir pour renoncer au Gaz naturel fossile.

Or que constatons-nous ?

Depuis dix ans notre consommation d’énergie électrique demeure à peu près stable à hauteur de 480 TWh. Il n’y a aucun signe apparent d’une tendance de fond à une réduction de la demande.

Pour le Gaz la situation est comparable, une consommation stable depuis 2000 autour de 500 TWh, sans tendance à la décrue.

On pourrait en dire autant pour la consommation de carburant qui se maintient à 29 Millions de mètres cubes pour nos voitures particulières.

Notre capacité à réduire notre consommation n’a donc pas été démontrée.

Or toutes les évaluations énergétiques pour une transition vers les sources renouvelables postulent comme préalable une réduction très significative de la demande.

Par exemple le scénario Négawatt est fondé sur une réduction de 66% de la demande en énergie primaire.

Tant que la tendance à une réduction de la demande n’apparaît pas dans nos résultats, le développement des énergies nouvelles ne peut que rester relativement marginal.

L’essentiel de la transition consistera donc à apporter la preuve que le préalable de sobriété énergétique peut être levé.

Quels peuvent être les leviers permettant d’obtenir ce résultat ?

Les exhortations ont montré leur inefficacité.

Certes des progrès ont été réalisés dans l’efficacité énergétique des appareils consommateurs, dans l’isolation thermique des bâtiments, dans la chasse à l’énergie grise, mais ces progrès sont contrecarrés par l’augmentation naturelle de la demande liée à l’accroissement de la population, du nombre de ménages, et du niveau de confort.

Edicter des règlementations thermiques des bâtiments ne suffit pas à faire surgir les moyens financiers pour réaliser les travaux.

La crise permanente du logement impose un habitat toujours plus éloigné des sites d’emplois.

La civilisation des loisirs crée sans cesse de nouveaux besoins énergivores.

Le manque de maillage des réseaux de transport collectif impose l’usage intensif de la voiture.

Le développement des transports aériens « low cost » remplit les avions vers des destinations très énergivores.

L’usage de la voiture peine à se rationaliser, le covoiturage est encore très minoritaire, la location trop onéreuse.

Le ferroutage reste encore un vœux pieux et le transport des marchandises pourrait être rationalisé.

Des habitudes ont été prises, voire encouragées, qu’il sera très difficile de changer pour des comportements plus sobres énergétiquement. Les initiatives locales et/ou individuelles remarquables restent minoritaires et ne sont pas représentatives des comportements généraux qui demeurent fondés sur un usage débridé de l’énergie.

L’accueil réservé au projet de tarification progressive montre bien que les esprits ne sont pas préparés à accepter quelque restriction que ce soit.

Or les énergies renouvelables ne peuvent être efficaces que si les utilisateurs acceptent d’adopter un comportement responsable et vertueux. En particulier elles comportent par essence la nécessité d’adapter la demande à l’offre, alors qu’aujourd’hui c’est l’offre qui s’adapte à la demande.

La levée de boucliers contre le nouveau compteur d’électricité Linky traduit le refus d’une majorité d’usagers d’accepter ce qui peut ressembler à une contrainte, même si c’est dans l’intérêt général.

Nous continuons d'attendre du Gouvernement l’initiative de la transition énergétique, alors que celle-ci ne peut être initiée que par nos propres changements de comportements. Comment dissiper ce malentendu ?

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