Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 décembre 2013 1 02 /12 /décembre /2013 19:24

Gaz de schiste, les affaires reprennent.

2 Décembre 2013

Annoncer une transition énergétique, c’est bien.

Préparer une transition énergétique, c’est une suite logique.

Mais la phase de préparation n’a qu’un temps; ensuite vient le temps des décisions.

Ce temps est venu, et il serait indécent de continuer à amuser la galerie plus longtemps, des choix doivent être clairement annoncés afin que les décideurs, le public, les industriels, les investisseurs, les professionnels de l’énergie, disposent d’éléments consistants et pérennes propres à permettre des initiatives établies sur des bases solides avec des perspectives de long terme.

Quels grands choix stratégiques ?

Quels axes de développement ?

Quel modèle économique ?

Quelles aides ?

Quelle fiscalité ?

Quelles priorités ?

Or aujourd’hui il n’existe aucun consensus sur les choix essentiels qui serviront de socle à la nouvelle stratégie énergétique.

Seule existe une expression diffuse et partielle d’une partie de l’opinion autour de la nécessité de satisfaire les revendications de la nébuleuse écologique:

- Abandon de l’électronucléaire, principe de précaution oblige.

- Abandon des combustibles fossiles, dans le cadre de la lutte contre le changement climatique et dans la perspective d’épuisement des ressources.

- Rejet de l’exploitation des gaz de schiste, à la fois à cause des émissions de CO2 et de Méthane, des atteintes à l’environnement et à la biodiversité, et des risques de pollution des nappes phréatiques, toujours le principe de précaution.

- Rejet des installations éoliennes offshore de production de masse, en raison des atteintes à l’environnement littoral et aux sites remarquables.

Ces revendications correspondent à des préoccupations justifiées, et c’est là qu’est le problème.

Leur seul défaut est de limiter drastiquement le choix des options restantes au point de créer une situation de blocage.

En face de ce corpus revendicatif, et pour éviter de mettre le feu aux poudres, le Gouvernement applique un programme minimum essentiellement basé sur les économies d’énergie, et sur de timides initiatives en direction des énergies nouvelles.

Pour le reste, la France continue de dépenser chaque année 70 Milliards en importations de produits énergétiques et le couple EDF-AREVA poursuit la commercialisation de sa filière nucléaire et le développement des réacteurs de quatrième génération, ce que l’on pourrait considérer comme une stratégie en soi, si la politique du « business as usual » méritait ce nom.

Au milieu de cette « drôle de guerre » dans laquelle chacun campe sur des positions inconfortables voire intenables, une voix tente de se faire entendre, c’est celle de l’Académie des Sciences.

Dans un monde où n’est entendu et pris au sérieux que celui qui possède un grand crédit médiatique consacré par des passages fréquents aux étranges lucarnes, et aux heures de grande écoute, l’Académie des Sciences fait piètre figure.

Pourtant cette docte institution réunit l’essence même de la connaissance scientifique, alliée à une grande indépendance d’esprit, du moins on ose l’espérer.

Le Comité de Prospective en Energie de ce corps d’élite savante a remis au Gouvernement, voici deux semaines, un rapport intitulé:

« Eléments pour éclairer le débat sur les gaz de schiste ».

En fait d’éclairage, ce pétard risque bien de mettre le feu, tant les éléments qu’il contient sont subversifs, du moins pour les tenants du nini.

Les sages, car ils faut bien les nommer ainsi, mettent le doigt sur un certain nombre de situations anormales pour lesquelles aucune solution consensuelle n’est proposée.

D’entrée de jeu l’académie remet les pendules à l’heure puisqu’elle note:

«Les contraintes inévitables de production, de transport et d’exploitation sont souvent négligées, les défis scientifiques à relever et les ruptures technologiques majeures qu’il faudrait réaliser sont, la plupart du temps, sous-estimés ou esquivés ».

Autrement dit, il faudrait perdre l’habitude de balayer les difficultés sous le tapis en considérant comme contingents des problèmes qui sont essentiels.

Prenant acte de cette « légèreté » l’Académie des Sciences se donne mission de:

« Conduire une réflexion sur ce thème ( l’énergie ) en abordant les problèmes d’une façon systématique et raisonnée, résolument différenciée des visions simplistes. »

Certains protagonistes du débat public sauront se reconnaître en matière de visions simplistes…

Ensuite, tout en reconnaissant l’intérêt des économies d’énergie, Elle énonce les raisons qui justifient son intérêt pour une étude sur les gaz de schiste:

«- Assurer la sécurité d’approvisionnement en énergies fossiles qui constituent encore 90% de l’énergie primaire.

- Réduire la dépendance énergétique et la facture correspondante.

- Stimuler la compétitivité de l’économie.

- Permettre l’insertion des énergies renouvelables en réglant le problème de leur intermittence au moyen d’une énergie mobilisable et qui évite l’utilisation du charbon » .

Rien de bien nouveau sinon que cet argumentaire confirme la fracture qui existe entre les exigences écologiques d’une part, et les préoccupations de l’Etat responsable d’autre part.

Il faudra bien un jour que ceux-là se mettent autour d’une table de négociations pour trouver un compromis.

L’Académie propose donc de prendre du recul par rapport aux positions idéologicosécuritaires, et de lancer un programme de travail scientifique sur les problèmes posés par l’exploitation des gaz de schiste, sur les bases suivantes:

- lancer un programme de recherche sur l’exploration et l’exploitation des gaz de schiste impliquant les labos universitaires et ceux des grands organismes.

- Exploiter les connaissances géologiques, géophysiques et géochimiques déjà acquises ou archivées et solliciter les géologues pour une évaluation des réserves.

- Réaliser des études et des expériences pour évaluer et réduire l’impact environnemental d’une éventuelle exploitation.

- Mettre en place une autorité scientifique pluridisciplinaire et indépendante pour le suivi des actions engagées.

- Traiter le problème de gestion des eaux, qui est un aspect majeur de l’exploitation des gaz de schiste.

- Prévoir un suivi environnemental.

- Travailler sur les méthodes qui pourraient remplacer la fracturation hydraulique, mais aussi sur les procédés pouvant améliorer celle-ci.

- Traiter le problème d’étanchéité à long terme des forages d’exploitation.

- Procéder à des tests en vraie grandeur, sans fracturation hydraulique, dans des zones déjà fracturées de vieux bassins charbonniers.

Cette proposition de programme de travail, qui serait conforme aux règles de l’art dans des circonstances normales, prend ici des allures de tentative de coup d’Etat, tant les gaz de schiste sont devenus un sujet tabou.

Mais au-delà du tabou la question demeure:

Peut-on se permettre, dans les circonstances actuelles, d’écarter d’un revers de main une telle possibilité énergétique ?

L’Académie des Sciences pose la question de manière on ne peut plus circonstanciée.

Le rapport complet est en ligne sur

«academie-sciences.fr/activite/rapport/avis151113.pdf »

Il est fort peu probable que cette prise de position change en quoi que ce soit la décision du Gouvernement d’interdire l’exploitation des gaz de schiste en France.

Du moins les enjeux auront-t-ils été rappelés, ce qui n’est jamais inutile en cette période de grande confusion où l’idéologie côtoie la mauvaise foi et où le bon sens a beaucoup de mal à faire entendre sa voix.

Partager cet article

Repost 0

commentaires