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13 novembre 2013 3 13 /11 /novembre /2013 12:04

Notre avenir énergétique, qui va le décider ?

13 Novembre 2013

Désormais plus personne ne remet en question la nécessité de réfléchir à notre avenir énergétique.

Ce nouvel état d’esprit s’est construit autour de plusieurs raisons:

Des raisons essentielles, comme la perspective d’épuisement et donc d’enchérissement des ressources fossiles, et/ou l’indispensable lutte contre le réchauffement climatique dû aux émissions anthropiques de CO2.

Des raisons contingentes, comme la recherche de l’indépendance énergétique, et/ou d’une relance économique s’appuyant sur des activités nouvelles.

Il existe un consensus sur les caractéristiques qui seront exigées des futures sources d’énergie:

Elles devront être renouvelables, décarbonées ou à carbone recyclable, et non polluantes.

Si les mérites de l’Hydraulique, du Solaire, de l’Eolien, de la Géothermie et de la Biomasse ne sont contestés par personne, il existe par contre une violente polémique autour de l’électronucléaire.

La controverse est alimentée par une double ambigüité:

Les réacteurs qui équipent les installations actuelles utilisent un combustible non renouvelable, donc non éligible au futur mix, tandis que les réacteurs de quatrième génération seront censés utiliser un combustible à régénération, donc conforme à l’esprit des critères de renouvelabilité, mais sont accusés de présenter des risques accrus de contamination.

La seconde ambiguïté est la menace de risques majeurs de santé publique à la fois en cas d’accident de type Fukushima ou Tchernobyl, et systématiquement au cours des processus de traitement et de stockage des déchets.

Aucune analyse scientifique ou technologique n’est en mesure de trancher le débat, les uns ont raison et les autres n’ont pas tort.

L’appréciation du risque acceptable n’est pas une affaire d’équation, mais de ressenti de la part de la population, de confiance dans les hommes chargés de concevoir et gérer les installations.

Il n’aura échappé à personne qu’aujourd’hui cette confiance est très entamée, et pas seulement dans ce domaine.

La notion de principe de précaution, très en vogue actuellement dans la population, condamne à priori le recours au nucléaire.

Mais le principe de réalité, très en vogue également mais chez les décideurs, impose au Gouvernement d’y réfléchir à deux fois avant de jeter le bébé avec l’eau du bain.

Reste à savoir quel principe l’emportera sur l’autre…

Dans un avenir dépourvu de sources fossiles, il serait possible de se passer du nucléaire.

A condition toutefois d’accepter plusieurs dizaines de milliers de grosses éoliennes au large de nos côtes ainsi que de grandes étendues de capteurs solaires, et de supporter les contraintes de l’intermittence de ces sources dépendantes de la météo.

En clair il faudrait user de l’énergie avec parcimonie et en acceptant les contraintes de disponibilité aléatoire, impliquant même de recourir à une certaine autosuffisance.

Tout cela est très possible.

Rappelons que le fameux compteur EDF Linky tant décrié est prévu pour apporter l’interactivité nécessaire à la gestion du réseau électrique.

Mais, même en cas de choix volontariste de cette stratégie d’énergie renouvelable, le développement de ces nouveaux moyens de production ne peut s’accomplir que dans la durée, typiquement plusieurs décennies, ce qui nous porte à l’échéance de 2040-2050.

La stratégie de transition doit donc prendre en compte une période de plusieurs décennies au cours de laquelle devront cohabiter les énergies nouvelles en phase de croissance et les énergies anciennes encore indispensables pour répondre à la demande.

Durant cette cohabitation une décision prématurée d’arrêt du nucléaire entraînerait l’obligation d’augmenter la part des fossiles, ce qui est imaginable mais pas bon pour les importations ni pour les émissions de CO2.

Une solution plus « soft » consisterait à remplacer progressivement le nucléaire par des renouvelables au fur et à mesure de leur disponibilité.

La troisième solution, celle des pro-nucléaire, repose au contraire sur le remplacement du parc nucléaire existant par des réacteurs EPR qui prendraient en partie le relais des fossiles, et permettraient d’attendre l’arrivée des renouvelables dans une certaine sérénité énergétique.

Toute la stratégie de transition énergétique repose donc sur la décision de conserver ou non une filière électronucléaire, tout le reste est contingent.

Ce choix a été malencontreusement instrumenté en monnaie d’échange au cours de la dernière campagne présidentielle, et maintenu depuis dans ce rôle pour conserver le soutien à la politique générale du Gouvernement.

Le choix de la stratégie nucléaire est donc biaisé par cette maladresse, qui transforme une démarche d’avenir en acte politicien de court terme.

Les grandes décisions énergétiques risquent donc d’être remises en question au gré des alternances électorales.

A moins qu’elles ne soient tout simplement glissées sous le tapis pour éviter d’en faire un enjeu électoral majeur.

Ce qui laisse le champ libre aux grands groupes industriels qui voient ainsi leur pouvoir augmenté et en profitent pour renforcer leurs positions.

C’est ainsi que le Gouvernement a reporté au-delà des élections municipales de 2014 ses décisions sur la transition énergétique, Alors que EDF Energy n’a pas attendu cette échéance pour signer un contrat avec l’Angleterre sur la vente de réacteurs EPR.

Il est évident que le pouvoir industriel n’est pas où il devrait être en matière de stratégie Nationale…

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