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7 novembre 2013 4 07 /11 /novembre /2013 15:22

Electricité verte, mais comment font les allemands ?

7 Novembre 2013

Il n’y a qu’à faire comme les allemands !

Cette exhortation récurrente, solution à tous nos problèmes, cette chaude recommandation, serait-elle vraiment la panacée ?

Quelle est donc cette recette miracle qu’il « suffirait » de reproduire pour s’acheter une conduite exemplaire et trancher proprement le nœud gordien d’une transition énergétique fort embrouillée ?

Le mieux est d’aller voir dans sa cuisine comment le chef allemand ( la cheftaine en l’occurrence) prépare ses sauces.

Depuis 2 000 la consommation annuelle d’électricité en Allemagne s’établit autour de 590 TWh, soit en moyenne 7 300 KWh pour chacun des 81 Millions d’habitants.

La production moyenne est d’environ 620 TWh, l’excédent étant exporté.

( Source: Perspective Monde/Université de Sherbrooke/Banque mondiale).

La France pour sa part consomme annuellement 480 TWh d’électricité pour 66 Millions d’habitants, soit 7 270 KWh par habitant, c’est-à-dire la même chose, ce qui n’a rien d’étonnant eu égard à la grande similarité des modes de vie.

La différence ne se situe donc pas au niveau de nos appétits énergétiques, qui se révèlent très similaires à quelques KWh près.

Qu’en est-il alors du mix électrique ?

L’électricité allemande est produite à partir de sources diversifiées, dont voici une photographie instantanée:

- Charbon + Lignite: 43%

- Nucléaire: 18%

- Gaz naturel: 14%

- Huiles: 1%

- Eolien: 8%

- Biomasse: 5%

- Hydraulique: 4%

- Photovoltaïque: 3%

- PAC, Géothermie, Solaire Th. 3%

- Déchets: 1%

(Source: Ministère fédéral de l'Économie et de la Technologie (BMWI) / 2012).

l’électricité allemande est donc encore produite à 76% par les sources non renouvelables parmi lesquelles le charbon intervient pour plus de la moitié. Et le nucléaire est encore significativement présent.

Cette situation ne laisse pas de surprendre, s’agissant d’un pays qui nous est présenté dans les média comme le porte-drapeau des énergies vertes.

La France a choisi historiquement l’Electronucléaire, l’Allemagne est au Charbon, deux plots de départ très différents pour la course à l’énergie verte.

Justement, qu’en est-il de ces énergies vertes ?

L’éolien allemand, souvent présenté comme quasiment prêt à assurer la relève, ne fournit aujourd’hui « que » 8% de l’électricité et seulement 2% de l’énergie finale consommée, ce qui est peu en regard de l’extraordinaire publicité faite autour du succès de cette nouvelle source outre-Rhin.

Le parc éolien y est essentiellement terrestre, avec un facteur de charge de 18%, et une production de 48 TWh, grâce à 22 000 éoliennes pour une puissance installée totale de 31 000 MW.

Il faut souligner un taux de croissance important qui atteint 8% par an, avec un fort développement prévu sur l’offshore.

Nous insistons bien sur le terme « prévu », tant est grande la tentation de confondre les prévisions et la réalité.

Les autres renouvelables ( Biomasse, Solaire, Géothermie, PAC, Hydraulique) participent au mix électrique à hauteur de 16%, donc deux fois plus que l’éolien.

L’Hydraulique occupe curieusement une part très modeste de 4% (10% en France).

La part de toutes les renouvelables dans l’électricité allemande est donc de 24%, avec un objectif de 35% en 2020.

Nous insistons sur le fait qu’il s’agit là de la situation actuelle, très évolutive en raison précisément de la transition énergétique.

Toujours en Allemagne, la sortie du nucléaire votée en 2002, remise en cause en 2010, puis réanimée après Fukushima, s’est pour le moment traduite par l’arrêt de 8 réacteurs dont la production totale était de 38 TWh/an.

Les 9 réacteurs encore en service produisent en moyenne 96 TWh/an, ce qui représente environ 18% de la production électrique.

Ils doivent être arrêtés à l’horizon 2022, sauf revirement politique comme ce fut le cas en 2010.

Ce qu’une politique a fait, une autre peut le défaire…

Le gros point noir de la production électrique allemande est évidemment le recours massif au Charbon et au Lignite, gros émetteurs de CO2.

Si tous les réacteurs allemands sont effectivement arrêtés à l’horizon 2022, le déficit de production sera d’une centaine de TWh qui devront être relayés par les énergies renouvelables et/ou par les fossiles.

La comparaison avec la France ne fait que confirmer la nécessité de choisir entre la peste du Nucléaire et le choléra du Charbon, et cela tant que les énergies renouvelables ne seront pas prêtes à assurer la relève.

Le mix électrique français est très différent:

- Nucléaire: 75% 58 réacteurs.

- Fossiles: 10%

- Hydraulique: 10%

- Autres renouvelables: 5% ( Solaire et Eolien)

(Les parts respectives du Nucléaire et des fossiles sont inversées par rapport au mix allemand).

La part des renouvelables (15%) est inférieure à celle de l’Allemagne (24%), mais significative, surtout grâce à l’hydraulique.

Quels enseignements peut-on tirer de la comparaison France-Allemagne ?

Nous constatons qu’aujourd’hui dans les deux pays plus des trois quarts de l’électricité sont « encore » produits par des sources carbonées et/ou du Nucléaire, et que cette situation perdurera tant que les énergies nouvelles ne seront pas prêtes à prendre la relève, ce qui prendra une ou deux décennies dans le meilleur des cas.

Depuis longtemps et pour des raisons historiques les deux pays ont choisi des stratégies tellement différentes que la recherche d’une similitude quelconque paraît une gageure.

Tout au plus pourrait-on parler de complémentarité.

L’Allemagne utilise le Charbon, qui est présent sur son sol et comporte moins de risques immédiats de santé publique que le Nucléaire, mais qui émet beaucoup de CO2, donc une situation en contradiction avec les engagements européens contre le réchauffement climatique.

Il existe bien un programme de recherche sur la capture et la séquestration du Carbone, mais sans résultat concret pour le moment.

En 2011 les émissions allemandes annuelles de CO2 étaient de 8,5 tonnes par habitant.

En France elles étaient de 4,25 tonnes/hab seulement, soit la moitié.

( Source ADEME, Energie et climat- Edition 2012).

Les chiffres parlent d’eux-mêmes.

Le problème de fond de la transition énergétique demeure donc bien le choix entre le Nucléaire et les fossiles pour assurer les fournitures électriques pendant la période intermédiaire susceptible de durer jusqu’en 2050.

La France a fait le choix du Nucléaire.

C’est un choix dont la pertinence est aujourd’hui remise en question par une partie de la population.

Sa remise en cause impliquerait l’arrêt progressif des 58 réacteurs, et donc un déficit de production de 330 TWh, qu’il faudrait évidemment compenser par des installations nouvelles non nucléaires.

Il n’est évidemment pas question de recourir au Charbon!

Et il ne serait pas cohérent de remplacer l’atome par du pétrole ou du gaz en un siècle où ces produits sont considérés en déclin, où la lutte contre le CO2 est un impératif, et où la recherche de l’indépendance énergétique est un objectif majeur pour la France.

Le Nucléaire ne peut donc être remplacé que par les énergies renouvelables, sauf à renier tous nos engagements précédents.

( Nous parlons de la promesse du Président de faire de la France le pays de « l’excellence environnementale » ).

La démarche allemande ne peut pas être transposée « in extenso » en France puisque, heureusement ou malheureusement, nous n’avons ni Charbon, ni Lignite, et que notre gaz de Schiste est tabou.

Pour la France la question « Faut-il faire comme les Allemands ? » doit donc être transposée en :

« Quand les énergies renouvelables seront-elles prêtes à remplacer le Nucléaire ? »

Il nous faudra donc trouver une solution « bien de chez nous » qui passe entre autres par l’acceptation de plusieurs dizaines de milliers l’éoliennes offshore sur nos belles côtes, auxquelles viendront s’ajouter les installations de compensation de l’intermittence, les parcs solaires photovoltaïques et Hélio-thermodynamiques, les installations de méthanisation et de fabrication des biocarburants.

Le tout en QSP 500 à 1 000 TWh/an, selon les besoins du moment.

Les dépenses seront à la mesure de nos ambitions, sans oublier la ligne budgétaire correspondant au démantèlement de 58 réacteurs et au traitement des déchets.

La décence nous interdit de donner le montant indicatif de la petite note qui sera à la charge des consommateurs-contribuables.

Il faut bien vivre avec son temps…

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